Dictionnaire
des patrons en Belgique |
De Boeck Université, Bruxelles,
1996. |
Résumé
Au
début des années
1980, un premier bilan sur l’historiographie du monde patronal
en Belgique de 1830 à 1980 révélait que l’histoire
des entreprises et de leurs dirigeants était encore un domaine
peu exploré par la recherche scientifique (1). L’essentiel
de l’effort avait porté sur l’étude de la révolution
industrielle et l’histoire des entreprises pendant la première
moitié du XIXe siècle.
Au
moment de la parution de ce dictionnaire, le milieu patronal en tant
que tel n’avait
toujours pas fait l’objet d’une étude approfondie
qui, au-delà des aspects techniques et économiques, s’attacherait
simultanément à son rôle social, culturel et politique
depuis la fondation de l’Etat belge.
Alors
que la « business history » s’est développée depuis plusieurs
décennies dans les pays anglo-saxons et que le milieu des entrepreneurs
et des managers a suscité l’intérêt des spécialistes
de l’histoire sociale dans nombre de pays européens, l’essentiel
de la littérature sur la Belgique, à de rares exceptions
près, a été, explicitement ou non, de nature apologétique.
Longtemps
la tendance a prévalu d’aborder le dirigeant de la grande
entreprise en tant qu’être singulier dont la réussite
voire la défaite ont frappé les contemporains. Bien plus,
jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, dans
le cas de personnalités dont la carrière s’était
accomplie simultanément dans la politique et
les affaires, leur
biographe occultait quasi complètement le rôle d’entrepreneur
au profit de celui de l’homme politique. Inversement, la réhabilitation
de l’entreprise et la vogue des « success stories » largement
diffusées par les médias depuis les années 80 a
eu pour effet de centrer l’attention sur le rôle économique des
grands patrons en négligeant cette fois les aspects socio-culturels
et politiques de leur carrière.
Sans
méconnaître
les progrès récents de la recherche historique sur le patronat
et l’ouverture du milieu de l’entreprise à une connaissance
sans préjugés de son passé, des thèmes tels
que le recrutement du patronat, la mobilité sociale,
la fonction
patronale, la professionnalisation, le système
de valeurs, l’image
sociale offrent encore un champ d’investigation peu fréquenté.
C’est la raison pour laquelle le Groupe d’Histoire du Patronat
de l’Université Libre de Bruxelles, en collaboration avec
des étudiants des sections d’Histoire et de Journalisme
et Communication, s’est engagé dans la mise au point d’une banque de
données sur le monde patronal. Désireux
de mettre à la
portée d’un public non spécialisé le fruit
d’une partie de ses recherches, il a entrepris avec le concours
d’une équipe interuniversitaire d’historiens la publication
de cet ouvrage dont l’originalité réside dans une
présentation du patronat « dans tous ses états ».
Il
va sans dire qu’un tel projet imposait une série de choix.
Le premier porte sur la période envisagée. Ont été retenues
les personnes et les familles qui ont exercé leur activité entre 1830 et 1980 de
manière à préserver
l’unité de
conception du livre en évitant le risque de publier pour les années
récentes une rubrique d’annuaire. Le deuxième choix,
plus délicat celui-là, réside dans les noms à retenir.
Deux préoccupations majeures l’ont inspiré : prendre
en compte l’évolution des divers secteurs de l’économie
pendant ce siècle et demi et attirer l’attention sur les
formes nouvelles d’entreprises et les organisations patronales
qui se sont développées au cours du temps.
Si
pour le XIXe siècle, le choix a été empirique et
a fait l’objet de consultations des historiens de toutes les régions
du pays, la tâche s’est révélée plus
aisée à partir de la dernière décennie du
XIXe siècle. En effet, grâce au Recueil financier,
publié de
1893 à 1975, et aux répertoires des principales entreprises
disponibles depuis les années 1970, une sélection a été faite
qui retient les présidents du conseil d’administration et
les administrateurs-délégués des dix premières
entreprises de chaque secteur. Ceux-ci ont fait l’objet d’un
nouveau tri en fonction de la durée de leur mandat, mais aussi
de la qualité des informations disponibles. Pour les entreprises
autres que les sociétés anonymes et les organisations patronales,
la méthode empirique a prévalu.
Afin
de préserver
l’originalité du projet, c’est-à-dire de présenter
le patronat sous toutes ses facettes, les notices biographiques consacrées à des
personnalités du monde patronal ou à des familles d’entrepreneurs
sont rédigées selon un canevas qui a été proposé aux
auteurs, tout en respectant leur liberté de plume. Après
les informations sur l'état civil et
le milieu familial, les notices dressent un tableau
de la carrière économique, du rôle social, des fonctions politiques ou
des activités culturelles du personnage.
Sont aussi pris en compte les opinions philosophiques,
les réseaux d'alliance et de sociabilité,
les cumuls et
croisements d'intérêt,
de manière à situer
le cadre dans lequel il a exercé ses fonctions et ses responsabilités.
Des références à ses principales
publications à caractère économique
ainsi qu'aux archives de publication le concernant complètent
la notice. Pour familiariser le lecteur ave le milieu patronal et faciliter
la consultation du dictionnaire, les personnes mentionnées, qui
font elles-mêmes l’objet d’une notice, sont dotées
dans le texte d’un signe distinctif, tandis qu’un index recense
les personnes et les entreprises citées.
1
G. KURGAN, « Un monde à découvrir : le patronat », Histoire
et historiens depuis 1830 en Belgique, Revue de l'Université de
Bruxelles, 1981/1-2, p.193-206.
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