Les Musées Royaux d'Art et d'Histoire (MRAH) de Bruxelles possèdent une petite collection de textes grecs sur papyrus: en tout, 385 pièces (dont 138 avaient fait l'objet, au 1er janvier 2001, d'une édition ou d'une description). Les documents relatifs à la vie administrative ou domestique de l'Égypte gréco-romaine constituent la majeure part de ce fonds.

Pour un bref historique de la collection des MRAH, voir < http://lhpc.arts.kuleuven.ac.be/collections_folder/brus_mus_royal.html >.
En général, sur les MRAH, voir < http://www.kmkg-mrah.be >.

Une trentaine de textes (la plupart édités) relèvent toutefois de la papyrologie littéraire: ils constituent les restes de manuscrits antiques, conservés jadis dans les bibliothèques publiques et privées de la province égyptienne. 12 de ces papyrus (tous édités) illustrent des passages des poèmes homériques.

Sur les témoins papyrologiques des poèmes homériques, voir < http://www.chs.harvard.edu/homerpapyri/index.html >.
En général, sur les études homériques, voir < http://www.u-grenoble3.fr/homerica/ >.

Un fichier informatisé est en cours d'élaboration pour l'ensemble du fonds; parallèlement les papyrus sont scannés, en vue de la constitution d'archives sur CD-ROM. Ce travail bénéficie du soutien de la Fondation Égyptologique Reine Élisabeth (FERE); il est réalisé par des chercheurs attachés au Centre de Papyrologie et d'Épigraphie grecque (CPEG) de l'Université Libre de Bruxelles (ULB).

Sur les activités du CPEG, voir < http://www.ulb.ac.be/philo/cpeg >.

On pourra se faire une idée du travail en cours à l'aide de l'échantillon qui figure ci-dessous. Celui-ci se limite aux papyrus homériques déjà évoqués.

 
Il faut insister d'emblée sur le caractère modeste des papyrus homériques conservés aux MRAH. Certains dépassent à peine la taille du timbre-poste reproduit ci-contre. Quelque insignifiants qu'ils puissent paraître, ces restes n'en constituent pas moins des témoins de première main de la place qu'occupait le poète appelé Homère dans l'horizon culturel de l'Égypte gréco-romaine.

Un extrait de l'inventaire des papyrus grecs des MRAH, accessible en ligne, fournit toutes les informations utiles sur les fragments homériques de Bruxelles. Les exemples qui suivent ont été choisis pour trois raisons:

Le texte édité par W. Lameere, dans ses précieux Aperçus de paléographie homérique (Bruxelles, 1960), est inséré en regard d'une reproduction des papyrus. Les traductions sont empruntées à la Collection des Universités de France.


P. Brux. Inv. E. 7160 - Iliade I, 534-546

Fragment de volumen (3,8 x 6,2 cm). Provenance inconnue, IIe s. p.C. Acquis en 1936 auprès de C. Schmidt.

Le fragment appartient à une édition courante, comme le IIe s. p.C. en a connu en si grand nombre: 351 des 1.108 manuscrits homériques (31,6 %) recensés dans la Leuven Database of Ancient Books appartiennent à ce siècle. L'écriture est une capitale assez régulière; le texte est dépourvu de tout signe critique. Le copiste a commis une faute d'iotacisme au vers 544.

 

 

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Traduction (d'après P. Mazon):

(De ses sourcils sombres, le fils de Cronos fait oui. Les cheveux divins du Seigneur voltigent un instant sur son front éternel, et le vaste Olympe en frémit. S'étant concertés, ils se quittent. Elle [= Thétis], du haut de l'Olympe éclatant, saute dans la mer profonde; Zeus s'en va vers sa demeure. Tous les dieux se lèvent ensemble) de leurs sièges, afin d'aller au-devant de leur père: aucun n'ose attendre sa venue sur place: il les trouve tous debout devant lui. Sur son trône il s'assied; mais Héra ne s'y méprend pas: elle voit le plan qu'avec lui a comploté Thétis aux pieds d'argent, la fille du Vieux de la mer; et, aussitôt, à Zeus, fils de Cronos, elle adresse ces mots mordants:
"Avec quel dieu encore viens-tu de comploter, perfide? Tu te plais toujours, loin de moi, à décider d'un coeur secret; et jamais encore tu n'as daigné me dire de toi-même à quoi tu songeais."
Le Père des dieux et des hommes lors lui répond ainsi:
"Héra, n'espère pas connaître tous mes desseins. Même toi, mon épouse, tu auras fort à faire pour y parvenir. (S'il en est qu'il sied que tu saches, nul dieu, nul homme ne les connaîtra avant toi. Sur ceux, en revanche, auxquels je veux songer à l'écart des dieux, ne fais jamais de question ni d'enquête.")


P. Brux. Inv. E. 5938 = P. Oxy. IV, 773, fr. c - Odyssée II, 362-375

Fragment de rouleau (4 x 5 cm et 4,2 x 14,5 cm). Oxyrhynchus, 3e quart du IVe s. p.C. Cédé vers 1908 par l'Egypt Exploration Fund (Society).

Le fragment appartient à une édition soignée. Les marges sont amples. L'écriture, de grand module, est calligraphiée: le poids contrasté des lettres (les traits verticaux sont plus gras que les traits horizontaux) la rattache à la "majuscule biblique", selon la terminologie fixée par G. Cavallo. Le texte présente des signes critiques: accents, indications de quantité, ponctuation.

L'édition à laquelle appartenait le fragment comportait sans doute 24 rouleaux (un par chant). W. Lameere a calculé que, à raison de 24 vers par colonne, le rouleau contenant le chant II de l'Odyssée devait mesurer environ 7 mètres.

Le recours au volumen illustre un indéniable conservatisme: au IVe s. p.C., l'usage du codex se généralise, même pour les oeuvres classiques du patrimoine profane.

 

 

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Traduction (d'après V. Bérard):

(Il [= Télémaque] dit; mais la nourrice Euryclée fit un cri) et, parmi les sanglots, lui dit ces mots ailés:
"Pourquoi, mon cher enfant, pourquoi te mettre en tête une pareille idée? Tu veux courir le monde alors que nous n'avons plus que toi, mon chéri! Car notre Ulysse est mort, ce rejeton des dieux, loin du pays natal, en terres inconnues! Aussitôt qu'ils sauront ton départ, ils te vont dresser pour le retour quelque embûche mortelle, et voilà tous ces biens qui seront leur partage. Reste sur ton avoir: il n'en faut pas bouger. Tu n'as rien à gagner sur les mers infécondes que souffrance et naufrages."
Posément, Télémaque la regarda et dit:
"Nourrice, ne crains rien! Sans un dieu, cette idée ne me fût pas venue. Mais jure de n'en pas souffler mot à ma mère, avant que soient passés quelque onze ou douze jours ..., (à moins que me cherchant et qu'apprenant ma fuite, elle n'aille en pleurant lacérer ses beaux traits.")


Commentaires: amartin@ulb.ac.be

Dernière mise à jour: 19 novembre 2001

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