Centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité - CIERL

Psychanalyse, philosophie, religion

CIERL

17, avenue Franklin Roosevelt

1050 Bruxelles

Tous les mercredis de l'année académique de 20 h 30 à 22 h 30

Première séance le mercredi 7 octobre 2009

Psychanalyse, philosophie, religion

Penser librement l'homme d'aujourd'hui aujourd'hui ne va pas sans la prise en considération du religieux, du philosophique et du psychanalytique.

Au cœur même de leur méthodologie propre, chacun de ces trois discours ne saurait ignorer, aujourd'hui précisément, ce qu'il en est du questionnement propre aux deux autres : donc pas de religion sans la prise en considération des questions philosophique et psychanalytique ; pas de philosophie sans la prise en considération des questions religieuse et psychanalytique ; pas de psychanalyse sans la prise en considération des questions philosophique et religieuse. - C'est ce troisième biais qui sera plus particulièrement retenu pour le présent séminaire, interdisciplinaire, de recherche et de lectures de textes.

Comme " science de l'inconscient ", la psychanalyse est méthodologiquement discipline de mise à la question de la question : les écrits et l'enseignement de Lacan seront donc privilégiés pour ce qu'ils mettent en question non pas tant tel objet extérieur qu'il conviendrait d'analyser, mais la psychanalyse elle-même.

Ce séminaire ne consistera donc nullement à psychanalyser le philosophe ou le religieux (comme si d'ailleurs c'était faisable ou pensable en même temps), mais bien à mettre la psychanalyse à l'épreuve de ces deux disciplines que sont la philosophie et la religion.

Mise à la question de la question qu'est la psychanalyse, ce séminaire comprendra donc en sa méthode deux volets (il est bien sûr possible de n'en suivre qu'un seul) : la psychanalyse telle que mise en question par le discours philosophique ; et la psychanalyse telle que mise en question par le discours religieux.

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Psychanalyse et philosophie (premier et troisième mercredis du mois)

L'inconscient se fait d'abord reconnaître moyennant la négation (Freud, Verneinung, 1925) Cette reconnaissance de l'inconscient relève donc d'une dialectique du jugement, qu'on ne saurait réduire à une classification de jugements (universels/particuliers, affirmatifs/négatifs). Les questions de la (dé)négation de l'inconscient et l'inconscient impliquent ainsi, fondamentalement, un renouvellement de la Critique du jugement de Kant (cf. Lacan, Ecrits, p. 662).

C'est que, au-delà des contenus représentationnels, la Critique du jugement concerne essentiellement la réflexion sur le processus de penser lui-même, qui se différencie tout autant de la question de ce que je peux connaître (première critique kantienne, Critique de la raison pure) que de la question de ce que je dois faire (deuxième critique kantienne, Critique de la raison pratique).

Avec Fichte, nous poserons dès lors la question de la réflexion : non pas au sens d'une philosophie classique, où il s'agirait de savoir comment un sujet supposé substantiel pourrait revenir sur lui-même, mais bien au sens de réflexion comme dire et savoir : comment dire le dire (sans se contredire) ? comment savoir ce qu'est savoir ( en lui-même, indépendamment de ses différents contenus représentationnels) ? Telle est la démarche générale des différentes Wissenshaftslehren (Doctrines de la science ou savoir du savoir) de Fichte. Nous nous attarderons plus spécifiquement auprès des Méditations personnelles sur la philosophie première (1793, Vrin, traduction I. Thomas-Fogiel) et des Doctrines de la science de 1794 et de 1805.

La discipline de ces pistes de réflexion, ou savoir du savoir, devrait donc interroger la psychanalyse elle-même : car les concepts fondamentaux de la psychanalyse, loin d'être des concepts déterminants, ne valent précisément que comme pistes de "réflexion - à mettre sans cesse à la question.

La question topologique survient exactement là où il y a trou dans le savoir ; elle situe, et se situe, dans la suite des difficultés, et même des impossibilités, telles qu'elles se révèlent génératrices de réflexion. La piste topologique (qui commence dès les premières pages de Lacan) s'ancre ainsi non pas dans une connaissance mathématique spécialisée, mais bien dans la rencontre d'un problème, à chaque fois singulier, et de son manque de solution toute faite : soit la question du savoir du savoir, qui est le lot de toute psychanalyse.

Car c'est le non-savoir de chaque psychanalyste particulier, sans qu'il y ait de savoir psychanalytique en général, qui nous invite aux développements, à chaque fois spécifiques, de la topologie lacanienne. Ou comment dire avec rigueur ? - là où nous n'avons que des mi-dits toujours susceptibles de nous tromper.

Christian Fierens

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Psychanalyse et religion (deuxième et le quatrième mercredi du mois)

En 2002, Fethi BENSLAMA publie donc, à Paris (chez Aubier, collection " La psychanalyse prise au mot "), La Psychanalyse à l'épreuve de l'Islam.

Une telle rencontre, au lendemain des événements du " 11 septembre ", suscitait l'intérêt, pour ne pas dire l'enthousiasme : au prix pourtant, m'a-t-il semblé, d'embarrassantes méconnaissances.

Par avance, le titre du livre les déjoue : car il ne s'agit pas - mieux, précisera le texte : il ne s'agit pas seulement - de l'Islam à l'épreuve de la psychanalyse… ; car prise au mot, il s'agira vraiment de la psychanalyse à l'épreuve de l'Islam.

Ce livre n'est pas un simple essai. Comme on peut l'apprendre en liminaire dans les " remerciements ", il est, résultant d'une recherche menée en plusieurs étapes, le noyau d'une thèse en psychanalyse, dont les membres du jury ont compté parmi eux : Jacques Derrida, Pierre Fédida, René Major (qui dirige la collection où le livre paraît), Elisabeth Roudinesco ou Chantal Talagrand. Les enjeux de pensée, cliniques et métapsychologiques, épistémologiques et philosophiques, s'annoncent donc conséquents.

Si le travail de pensée de Benslama se montre à l'aulne de la rencontre que Lacan a promue entre psychanalyse et philosophie (sous le signifiant d'antiphilosophie, d'ailleurs), le référentiel convoqué dans le livre pour remettre au travail, au nom de l'Islam, cet incontournable moment de la pensée européenne, se ressource autant, en amont, près des questions de Freud, qu'il n'annonce, en aval, les reprises déconstructrices de Derrida.

Avec Freud, c'est très clairement L'homme Moïse et la religion monothéiste qui se présente comme interlocuteur de Benslama. Avec Derrida, et dans le même contexte anthropologique, religieux et monothéiste, c'est la place de la femme Agar, doublant Sarah, qui noue ici le foyer des questions à-venir. Autrement dit, doublant la question (freudienne et lacanienne) de la mort et du père en son meurtre, se relance - mais autrement - la question (bataillienne et derridienne) de la mort et du féminin, en sa répudiation.

Que la possibilité soit accordée de lire - ce qu'on appelle lire - un pareil texte dans le cadre d'un Institut de l'histoire des religions me paraît congruent aux exigences de l'institution universitaire, de l'histoire de l'anthrôpos, et de l'une de ses religions : celle à qui la psychanalyse, de la plume même de Freud, n'aura pu consacrer plus d'une page : en marge de l'homme Moïse, et de sa religion - monothéiste.

Mais que faire d'un demi-frère - quand sa mère est par exemple la femme de l'Autre, et la mienne seulement l'autre femme (celle dont on dirait : " nique ta mère… ") ? Pour les pères restés vivants, toute question - aujourd'hui - en est peut-être là.

Pascal Nottet

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P.A.F. 5 euros par séance.

Gratuit pour les membres de l'ULB.

Participation de Christian CENTNER, de Baudouin DECHARNEUX, de Christian FIERENS, de Nathanaël LAURENT, de Pascal NOTTET et de Frank PIEROBON.