Centre d’études du judaïsme contemporain
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Jean-Philippe Schreiber
"Un cas atypique: les Juifs dans le tissu rural du Sud-Luxembourg au XIXe siècle" Au cours des recherches menées entre 1989 et 1993 en vue de la rédaction de notre thèse de doctorat,
nous était apparu un phénomène assez original. En effet, les archives relatives à la communauté juive d'Arlon au XIXe siècle
montraient une présence significative de familles juives non seulement urbanisées, dans l'entité d'Arlon,
mais également présentes dans l'hinterland rural et semi-rural du sud Luxembourg. Situation tout à fait particulière, et unique en Belgique, ces familles juives d'une part pratiquaient le commerce de chevaux et
de bovins, le négoce de grains ou de peaux - toutes activités liées à l'agriculture -, d'autre part étaient pour certaines recensées
parmi les cultivateurs. Loin d'être numériquement important, ce phénomène unique est néanmoins remarquable, et d'ailleurs loin d'être négligeable.
En effet, pour une population assez constante de 110 à 135 Juifs à Arlon entre 1860 et 1914, on recensait plusieurs dizaines de Juifs
dans de petites localités, dont 9 à Messancy et 17 à Athus en 1883, ou 19 à Habay-la-Vieille en 1907. Au total, les localités suivantes, incluses aujourd'hui dans des entités limitrophes de la Ville d'Arlon,
semblent avoir été concernées :
Heinsch (citée en 1840)
Habay et Nothomb (citées dès 1865)
Athus, Messancy, Habay-la-Neuve, Habay-la-Vieille et Aubange (citées en 1883, sinon plus tôt). Ce phénomène est totalement méconnu - nous n'avions pu y consacrer que quelques lignes dans nos deux ouvrages portant sur le judaïsme
belge au XIXe siècle. Il nous a donc semblé intéressant de mener un double recherche : 1. Opérer une étude historique classique sur cette présence, sa durée, ses formes, son importance démographique,
ses particularités (notamment foncières, économiques, sociales…). 2. Enquêter sur la mémoire entretenue dans les localités concernées quant à cette présence juive.
Cette démarche, à la fois historique et anthropologique, interrogera les sources suivantes : la littérature locale,
en dialecte ou en français, la culture populaire locale (chansons, expressions, mémoire collective…) et
supposera notamment la réalisation d'interviews. Le premier aspect de la recherche, purement historique, est à mettre en parallèle avec les recherches menées sur la vie
des communautés juives dans le tissu lorrain et rhénan - en particulier les travaux d'Uri Kaufmann sur les marchands de bestiaux
en Suisse et au-delà. Le second aspect nécessitera un travail ethnographique de terrain (concernant notamment les lieux-dits, la mémoire paysanne,
les expressions populaires, ... tout autant que la mémoire que l'on peut encore avoir aujourd'hui de cette présence atypique).
Cette seconde partie tentera de déterminer si ces petits groupes de Juifs éloignés du giron communautaire ont perpétué
un mode de vie traditionnel ou ont au contraire construit un schéma neuf, réduisant l'expression de la foi juive au domaine privé
- afin de faciliter leur intégration au contexte rural traditionnel, catholique et conservateur.
L'on tentera ici, mutatis mutandis, de s'inspirer du modèle développé par Philippe Joutard dans ses travaux consacrés
à la mémoire camisarde dans les Cévennes.
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