Décès du professeur Robert Joly Robert Joly s'est éteint dans son sommeil la nuit du 23 au 24 juillet. Philologue classique, professeur d'abord à l'Athénée de
Morlanwelz puis à l'Université de Mons, il avait rejoint à ses débuts le CIERL (qui s'appelait à l'époque Institut d'Histoire du
Christianisme), pour y donner les cours de Patristique et de Littérature grecque chrétienne et il en fut le directeur. Helléniste
éminent, rationaliste militant et militant rationaliste, il a été pendant un demi-siècle la référence et le porte-drapeau de la critique
des religions. Historien du christianisme antique, il n'a cessé d'analyser et de démonter la cohérence auto-proclamée de l'Eglise et de ses dogmes.
Il l'a fait tant vis-à-vis des théologiens traditionalistes que vis-à-vis d'autres, soucieux de trouver dans le passé de l'Eglise la
source de positions en réalité sans lien avec lui. Il a ainsi démontré que l'intolérance chrétienne n'était pas le produit d'une dérive institutionnelle : elle est le corollaire
obligé de la charité chrétienne. Il a aussi souvent relevé tout ce que la doctrine chrétienne devait aux philosophies grecques, réduisant d'autant ses prétentions
à l'originalité. Il démontrait par ailleurs, à force de preuves linguistiques irréfutables, dans un petit ouvrage, savant et décisif, intitulé
"Le vocabulaire chrétien de l'amour est-il original ?", que le concept d''amour du prochain, présenté souvent par les chrétiens comme
leur particularité, existait déjà chez les Grecs païens contemporains de la naissance du christianisme. Excellent spécialiste des Pères de l'Eglise, il avait publié une vingtaine d'ouvrages dont "Le Pasteur d'Hermas", dans la série
"Sources chrétiennes", à une époque où les non-chrétiens ne participaient pas normalement à cette collection. Le philologue érudit et rationaliste a également renouvelé l'interprétation traditionnelle de la médecine hippocratique.
Il a établi qu'il y a rupture et non continuité entre elle et la médecine actuelle, fondée sur l'expérience et non les pièges de la
seule raison. R. Joly a consacré près de moitié de la vingtaine de livres qu'il a publiés à cette réflexion sur l'histoire de la raison
et de la science. Au-delà encore, il a contribué à la réflexion laïque sur des thèmes essentiels comme le libre-examen, insistant sur l'utilisation
de cette méthode dans la totalité des questions de société, sans la limiter à l'activité scientifique. Un de ses ouvrages est une argumentation solide et souvent ironique en faveur de l'athéisme. Laïque de choc et athée militant, il aura fait un nombre incalculable de conférences de vulgarisation, très appréciées dans les
associations, notamment autour de la présentation de ses récents livres: "Dieu vous interpelle ? Moi il m'évite" et "Libre pensée sans
évangile". Ce dernier ouvrage étant une réponse au livre de Gabriel Ringlet, "L'évangile d'un libre-penseur". Par ailleurs, Robert Joly
avait à plusieurs reprises fait dans les milieux de la Libre-Pensée une conférence très sereine, intitulée
"Pourquoi je ne suis pas maçon..." Il y a sept ans, suite à la mort d'un homonyme, sa mort avait été annoncée par erreur en Faculté de Philosophie et Lettres et sa
femme avait reçu un certain nombre de condoléances. Robert Joly avait joyeusement accueilli cette méprise et nous disait ironiquement
"J'ai bien de la chance. Rares sont ceux qui ont pu lire les lettes de condoléances adressées à leur veuve...!" Il avait encore accepté, il y a trois ans, de rencontrer les jeunes chercheurs du CIERL et de résumer pour eux le sens de ses
travaux, notamment sur les hérésies des premiers siècles ou ce qui allait devenir tel par la suite. Mort dans sa nonantième année, il aura démenti (après Mr Hadot mort presque centenaire !) la prédiction qui, au moment de la
fondation de notre Institut, prétendait que tous les directeurs de cet Institut impie, mourraient, comme son premier directeur, de
mort inopinée et prématurée ! Ses élèves et étudiants garderont de Robert Joly le souvenir d'un professeur enthousiaste, ironique, savant, pédagogue et passionné,
généreux, joyeux et profondément humain.
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