Recherches
Axes de recherche principaux
1. Villes-campagnes, Villes-environnement
Sans vouloir remonter trop haut dans le temps, ni pouvoir citer tous les acteurs de la construction de cette tradition de recherche, il est un fait que l’histoire des relations entre villes et campagnes, et du rôle des campagnes dans l’émergence de la ville, spécialement au Moyen Age, passionne plus d’un d’entre nous (Michel de Waha, David Guilardian). La thèse de Paulo Charruadas en constitue un des jalons les plus récents (Croissance rurale et essor urbain à Bruxelles. Les dynamiques d’une société entre ville et campagnes (1000-1300), Académie Royale de Belgique, 2011). Cet axe de recherche s’est enrichi au cours des années 2001-2011 à l’occasion de la participation de plusieurs membres de Bru-Cités aux PAI V/10 puis VI/32 « Sociétés urbaines dans les Pays-Bas (1200-1800) » (Claire Billen, Chloé Deligne). La thèse de Marie Kervyn illustre bien cet élargissement puisqu’elle interroge la notion-même de frontière entre villes et campagnes, les discontinuités géopolitiques et les lieux de passage, comme éléments générateurs de consensus politiques et sociaux.
Bru-Cités a contribué au succès obtenu dans la reconduction de ce Pôle d’Attraction Interuniversitaire pour la période 2012-2017 sous le titre : City and Society in the Low Countries (ca. 1200-ca. 1850). The condition urbaine: between resilience and vulnerability. Ce nouveau programme de recherche fait la part belle aux études ‘urbano-environnementales’ puisqu’il met les notions de résilience et de vulnérabilité au cœur ses interrogations, en explorant notamment les effets des catastrophes naturelles ou des pressions environnementales sur les sociétés urbaines à travers le temps. Cet axe urbano-environnemntal n’est pas tout-à-fait neuf pour les membres de Bru-Cités. Les recherches archéologiques de Didier Viviers sur les villes grecques et crétoises de l’Antiquité tentent depuis longtemps de resituer le fonctionnement de ces cités dans un environnement changeant. Celles de Chloé Deligne explorent depuis de longues anénes les liens tissés entre les villes et leurs campagnes à travers la gestion des cours d’eau et mettent en évidence l’étendue du contrôle hydrique urbain depuis le bas Moyen Age. Nicolas Schroeder quant à lui observe en creux l’impact des économies urbaines sur les transformations des paysages et des milieux ardennais durant le Moyen Age. Plus récemment, les recherches coordonnées par Michel de Waha tentent d’intégrer l’étude des matériaux de construction à Bruxelles (briques, pierres et surtout bois) dans une réflexion plus large sur les transformations des milieux naturels péri-urbains (cf. axe 3).
La dimension symbolique des liens entre ville et hinterland n’est pas négligée, en particulier dans le feu nourri des études sur la forêt péri-urbaine de Bruxelles, la forêt de Soignes, depuis le Moyen Age jusqu’à l’époque contemporaine. Aux travaux pionniers de Claire Billen, il faut ajouter les recherches en cours de David Kusman sur le rôle culturel des prieurés médiévaux de la forêt et celles de Chloé Deligne qui explorent les relations sociales et politiques entretenues par ces prieurés avec le milieu urbain au 14e siècle. Dans cet axe se place aussi la thèse de Stéphanie Quériat consacrée au tourisme en Ardenne à l’époque contemporaine. Elle montre que les grands acteurs prescripteurs du tourisme en Ardenne sont en énorme majorité issu des cercles de la moyenne bourgeoisie intellectuelle bruxelloise. Sans citadins pas de tourisme...!
Les relations entre productions agricoles et approvisionnement urbain sont abordés par plusieurs chercheurs. Outre les récents travaux de Claire Billen sur l’incidence de l’ergot du seigle dans les villes médiévales, il faut citer les projets développés actuellement par Jean-Pierre Devroey et Alexis Wilkin autour de la notion de food system. Ils visent à mettre en perspective historique les relations entre villes et campagnes du point de vue des flux de denrées alimentaires en considérant les villes comme lieux principaux de redistribution de ces denrées. L’approche est ici résolument comparatiste, diachronique et interdisciplinaire et vise à étudier le système alimentaire (‘food system’) médiéval dans la longue durée. Le concept de ‘food system’ permet d’intégrer les paramètres environnementaux (écologiques) et sociaux à l’analyse classique de la disponibilité et de l’accès à la nourriture.
2. Réseaux intra et inter-urbains
Cet axe de recherche fédère plusieurs chercheurs de la jeune génération. Qu’il s’agisse des puissants réseaux financiers qu’organisent les Lombards et Astésans dans les Pays-Bas médiévaux, étudiés par David Kusman, des réseaux familiaux constitués par les imprimeurs dans les villes du Pays-Bas du Sud aux XVIe et XVIIe siècles, étudiés par Sébastien Afonso, des migrants français dans les villes des Pays-Bas espagnols au XVIIe siècle qu’étudie Marie Kervyn, ou des banquiers bruxellois dont Anne Bauwelinckx traque l’influence et la participation dans le façonnement de Bruxelles aux XIXe et XXe siècles, la thématique des clans et des réseaux d’insertion dans les sociétés urbaines est un axe fort de notre unité de recherche.
A ces études centrées sur des réseaux fondés sur des liens de parenté ou d’origine, il faut ajouter celles qui s’intéressent aux réseaux constitués sur base d’une appartenance sociale. C’est ce qu’on fait Chloé Deligne, Claire Billen et David Kusman en s’intéressant aux rôles économiques et politiques des bouchers bruxellois au bas Moyen Age. C’est ce que fait également Paulo Charruadas lorsqu’en tentant de caractériser les relations entre Bruxelles et ses campagnes au Moyen Age, il s’intéresse avant tout aux hommes et aux femmes qui les fondent et à leurs stratégies d’insertion dans une économie urbaine en devenir. C’est également ce que fait Thibault Jacobs en s’intéressant aux « hôpitaux des métiers » à la fin du Moyen Age, c’est-à-dire à ces institutions charitables dont le rôle dans la cohésion de groupes sociaux en quête de légitimité sur la scène politique bruxelloise n’a pas encore été assez souligné.
3. Histoire matérielle et patrimoine de Bruxelles
Le travail de documentation sur l’histoire matérielle de Bruxelles est également un axe fédérateur de nos travaux. Du côté des archéologues, fort de son expertise en matière de fortifications urbaines, Michel de Waha coordonne des recherches prometteuses sur les matériaux de construction utilisés à Bruxelles durant les périodes médiévale et moderne Dans ce cadre, Philippe Sosnowska et Paulo Charruadas s’intéressent au processus de densification et de pétrification de la ville. Alain Dierkens quant à lui encadre les publications relatives aux fouilles menées par la Société royale d’Archéologie de Bruxelles (site de Sainte-Gudule, du Coudenberg). C’est également Alain Dierkens qui développe des enquêtes sur la statuaire publique urbaine du XIXe siècle et sur l’architecture funéraire bruxelloise des XIXe et XXe siècles.
Loin de ne constituer que des inventaires descriptifs, cet ensemble de recherches place les vestiges matériels au cœur d’une réflexion sur les valeurs culturelles et sur les stratifications sociales de la société urbaine. Elles rejoignent en cela les préoccupations de Claire Billen qui s’attache à mettre en évidence comment et en quelles circonstances le patrimoine et le paysage bruxellois ont été mobilisés à des fins politiques ou comme outils de promotion identitaire ou sociale. Les liens avec l’axe 1 (villes-environnement) et l’axe 5 (espaces) sont évidents.
4. Construction des espaces urbains : enjeux et reflets des transformations politiques, sociales et économiques
Sans doute touchés par le Spatial Turn qui a marqué les sciences sociales et humaines dans les années 2000, plusieurs chercheurs de Bru-Cités se sont intéressés à l’espace urbain en tant qu’enjeu de rapports de force politiques, sociaux ou économiques. L’ARC ‘Les élites dans la ville’ auquel Bru-Cités a participé (2007-2011) a contribué à renforcer cette dimension dont on trouve des échos dans toutes les thèses de doctorat en cours ou récemment achevées en histoire contemporaine (Wanda Balcers, Anne Bauwelinckx, Virginie Jourdain), mais qui touche également les travaux en histoire moderne et médiévale. Le PAI VI/32 comportait à ce titre un volet spécifique dédié à l’étude de l’espace urbain comme lieu d’affrontements et de constructions identitaires. Ces recherches multiplient les angles d’approche, s’intéressant tant aux formes de l’espace, à ses représentations (artistiques, cartographiques), qu’aux comportements prescrits dans chacun d’eux. Elles visent également à produire des cartographies originales, bénéficiant en cela de l’expertise en cartographie historique de Jean-Marie Duvosquel et du savoir-faire de nos collègues géographes (Christian Dessouroux, Benjamin Wayens, Mathieu Van Criekingen).
De nombreuses contributions de notre équipe, grâce à l’effort de recherche mis dans ces deux programmes, ont revisité l’histoire des espaces urbains à la lumière des transformations politiques et sociales (travaux sur les fontaines urbaines médiévales ou sur les espaces de marché dans les anciens Pays-Bas par Chloé Deligne, travaux sur les transformations de Bruxelles sous le régime autrichien par Michèle Galand et Christophe Loir, travaux sur « la mise en tourisme » de Bruxelles depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours par Christophe Loir, Serge Jaumain, Claire Billen, travaux sur les expositions universelles par Serge Jaumain, Wanda Balcers, Chloé Deligne, Claire Billen, Virginie Jourdain, travaux communs sur le devenir des quartiers élitaires de Bruxelles). De ces travaux se dégage une lecture renouvelée de la conquête à jamais inachevée par Bruxelles, ses autorités et ses classes sociales dominantes de son statut de « capitale ».
5. Pouvoirs, élites et institutions
Un des axes qui se dessine également comme une des colonnes vertébrales des travaux de l’unité est l’étude des pouvoirs et des institutions typiquement urbain(e)s.
Il en va ainsi des travaux de David Guilardian sur les institutions de bienfaisance dans les villes médiévales, de Sébastien Afonso sur les imprimeurs officiels des pouvoirs publics au XVIIe siècle, de Christophe Loir sur les institutions culturelles à Bruxelles aux XVIIIe et XIXe siècles, ou de Michèle Galand sur les institutions centrales autrichiennes installées à Bruxelles au Siècle des Lumières. Il ne s’agit pour autant pas d’histoire institutionnelle stricto sensu car les travaux qui se rangent sous cet axe interrogent tous la relation entre la création et l’activité de ces institutions et les contextes politiques et sociaux qui les ont vus naître.
De même, le terme « pouvoirs » est pris non pas dans un sens étroit de pouvoir institutionnalisé mais dans sons sens large de « capacité d’agir » dans la ville/sur la ville. Les nombreuses études consacrées aux élites découlent de cette acception du terme. L’ARC « Les élites dans la Ville » a été le fer de lance le plus récent de cette orientation épistémologique donnant lieu à plusieurs publications collectives, mais divers travaux s’étaient déjà emparé de la question du rapport des élites urbaines à l’espace urbain auparavant. Aux travaux déjà cités sur l’élite du métier des bouchers au moyen Age, on ajoutera les travaux de Didier Viviers sur les cités grecques. En réalité ces travaux s’inscrivent une longue tradition de recherche qui a commencé avec l’étude des élites économiques, en particulier du patronat belge, il y a quelques années. Serge Jaumain en a été une des chevilles ouvrières (histoire de la grande distribution, histoire du patronat, histoire de l’industrie). Les thèses de Wanda Balcers, Anne Bauwelinckx et de Virginie Jourdain poursuivent activement la voie, la première en s’intéressant à l’industrie de la bière, la seconde en s’attachant aux banquiers bruxellois, la troisième à l’industrie hôtelière. Elles nous montrent toutes trois tant les stratégies payantes que les échecs d’acteurs économiques bruxellois pris dans les nécessités et contradictions du capitalisme.
Enfin, en lien avec les axes 3 et 4, un certain nombre de recherches s’intéressent à la représentation des pouvoirs et des institutions dans l’espace public/urbain. A ce titre, Claire Billen et Michel de Waha travaillent en ce moment sur l’expression monumentale des conceptions de la ville en tant qu’institution et comme lieu de conflit ou de consensus (à Bruxelles et ailleurs). Comment s’expriment les pouvoirs urbains dans la matérialité urbaine ? Comment se représentent-t-ils ? Quel est le message qu’ils cherchent ainsi à faire passer ? Dans ce registre, comment se différencient-t-ils d’autres groupes, et comment cette expression correspond-elle, répond-elle ou non aux circonstances, économiques, sociales et politique.
La distinction de 5 axes de recherche principaux ne peut masquer l’interconnexion profonde de nos recherches, qui s’enrichissent mutuellement.
Thèses de doctorat en cours
Sébastien Afonso, Imprimeurs et gens du livre dans les villes des Pays-Bas méridionaux de langue romane (ca. 1585-1700), dir. Monique Weis, PAI VI/32.
Wanda Balcers, « Production, distribution et consommation de la bière à Bruxelles (1860-1914). Obstination d’un produit en mutation», dirs. : Chloé Deligne et Serge Jaumain, FNRS
Anne Bauwelinckx, Le rôle des banquiers bruxellois dans la construction de la ville (1822-1970), dir. S. Jaumain, ARC « Les élites dans la ville »
Thibault Jacobs, Hôpitaux et gens de métiers en Brabant. Approche sociale, économique et politique de la charité en milieu urbain à la fin du Moyen Age, dir. C. Deligne, PAI VII « City and Society in the Low Countries(ca. 1200-ca. 1850). The condition urbaine: between resilience and vulnerability »
Marie Kervyn de Meerendré, L’immigration française dans les villes des Pays-Bas espagnols.
Programmes de recherche
Projet PAI VII (2012-2017) : "City and Society in the Low Countries (ca. 1200-ca. 1850). The condition urbaine: between resilience and vulnerability”
Projet PIRVE/CNRS Trajectoires villes-fleuves
Projet ARC « Les élites dans la ville » (2007-2011)
Projet PAI VI/32 Cityand Society in the Low Countries (1200 to 1800) (2006-2011)