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« Je l'ai rencontré pour la première fois en 1982 lors d'une réunion du FNRS à Liège, qui rassemblait tous les chercheurs travaillant dans un domaine particulier (dans notre cas, la physique théorique des particules élémentaires). À ce moment-là, j'étais une jeune doctorante; François s'est fait un point d'honneur à venir faire ma connaissance et à me demander sur quoi je travaillais. Je l'ai immédiatement trouvé sympathique, très simple dans ses rapports avec les autres scientifiques et surtout, très ouvert.

Il a une intuition physique très fine, combinée à une excellente technique de calcul. Dans notre domaine, c'est un puissant cocktail! En plein milieu d'un repas, François peut passer d'une conversation anodine sur le temps qui passe à un aspect pointu de physique qui l'occupe sur le moment.
Pour moi, il est plus qu'un collaborateur d'exception: c'est un ami de longue date avec qui j'ai eu beaucoup de conversations sérieuses sur des tas de sujets, mais aussi des fous rires à propos de tout et de rien. Pour l’anecdote, il adore, comme moi d’ailleurs, les sushis et les sashimis. Nous sommes allés des dizaines de fois ensemble dans des restaurants japonais durant les vingt dernières années… »

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« François Englert était professeur de mécanique quantique lors de ma seconde candidature en sciences physiques en 1969-1970. Dispenser dès la seconde année un tel enseignement (culminant par la règle d’or de Fermi et une discussion du tableau de Mendeleïev) était alors une démarche pédagogique exceptionnelle (et l’est sans doute encore aujourd’hui).

J’ai établi mes premiers contacts scientifiques avec lui en 1979 alors que des éléments développés dans ma thèse rejoignaient ses préoccupations du moment, relevant de la cosmologie, qui lui avaient valu - avec R. Brout et E. Gunzig - le prix de la Gravity Research Foundation. Depuis, nous avons collaboré au travers d'une dizaine de travaux, tous rattachés à la gravitation.

Ce qui distingue François est sa capacité à aborder les sujets qui l'intéressent en allant directement à l'essentiel, en les reconstruisant par lui-même plutôt qu'en les étudiant dans des textes. Ainsi, " libre de tout préjugé", il y apporte très souvent une contribution originale.

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« François Englert fut mon promoteur de thèse de doctorat – c’est lui qui m’a insuflé le goût de la recherche. A cette époque, la théorie de la supergravité était à ses débuts, et au retour d’un congrès, François a décidé de se lancer dans l’aventure – et nous qui étions autour de lui l’y avons suivi. C’était le début d’une période passionnante – la première pour moi ! – dans l’inlassable recherche d’une théorie du tout.

François n’a jamais hésité à changer, non de but, mais d’approche pour l’atteindre – il n’a jamais cédé à la tentation de la facilité. Il venait à cette époque du domaine de la cosmologie où il est à la base d’un premier modèle d’inflation cosmique (avec R. Brout et E . Gunzig), après s’être auparavant investi dans le domaine des particules élémentaires où il a proposé le fameux mécanisme expliquant leur masse (avec R. Brout).

Quelques instantanés: ses discussions scientifiques interminables et passionnées, entre autres avec Robert Brout, son acolyte de toujours, avec qui il avait une profonde complémentarité qui s’est avérée très fructueuse ; sa curiosité scientifique, sa quête de compréhension et son intérêt pour la science elle-même et non pour ce qu’elle peut rapporter. Et finalement, enfin, la reconnaissance ».

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Pendant ses études en physique, Riccardo Argurio rencontre le professeur François Englert qui donne le cours de mécanique quantique. « C’était un cours difficile, qu’il donnait sans la moindre note et pourtant de manière très structurée, précise. J’ai demandé à François Englert d’être mon directeur de mémoire et après 5 minutes, il discutait avec moi comme si j’avais été un de ses collaborateurs. Il m’a donné un article qui venait d’être publié et m’a proposé de travailler sur ce sujet, lié aux trous noirs.»

« Les discussions avec lui volaient haut, il fallait s’accrocher mais c’était tellement excitant d’être directement immergé dans la recherche » se souvient Riccardo Argurio. Tellement excitant qu’il enchaîne avec une thèse de doctorat, également sous la direction de François Englert. « Il nous laissait une grande autonomie, à nous de réussir à l’intéresser à la question que nous étudions. C’était un directeur exubérant, très cultivé. Parfois, il venait discuter avec Robert Brout dans mon bureau et moi, jeune doctorant, je n’osais pas les mettre à la porte alors qu’il était 19 ou 20 heures et que je devais partir. C’étaient deux passionnés, curieux de tout. Je me souviens qu’un soir, un collègue était venu de France et nous avions décidé de commencer à écrire notre projet d’article le jour-même. Mais François a dit qu’on n’allait pas commencer le ventre vide et nous sommes partis dîner au restaurant. A notre retour au laboratoire, il était près de minuit, je me suis installé devant l’ordinateur et nous sommes tous partis dans un fou rire : il était évident que ce soir-là, nous ne réussirions pas à écrire notre article ».

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J’ai suivi le cours de mécanique quantique de François Englert, j’étais alors en 2e BA, c’était il y a une vingtaine d’années. J’ai le souvenir d’un professeur qui aimait provoquer ses étudiants pour les amener à réfléchir. C’était un professeur peu conventionnel, il titillait notre curiosité, il nous expliquait les nombres quantiques en faisant un parallèle avec des éléphants roses!; il décloisonnait les disciplines.
Ces dernières années, avec le démarrage du LHC, j’ai eu la chance de côtoyer François Englert: c’est vraiment une personnalité hors du commun, un homme d’une grande intelligence, curieux de tout, avec un très grand charisme. Il m’a raconté des blagues qu’il faisait étant jeune: un sacré caractère !

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Alors étudiant en 2e BA, Serge Massar a suivi le cours de mécanique quantique du professeur Englert. « C’était un sujet fascinant qui m’a laissé rêveur à l’époque et que j’ai mis plusieurs années à comprendre. François Englert avait l’art d’aller bien au-delà du cours et de nous ouvrir l’esprit ». Serge Massar défendra un mémoire, puis une thèse de doctorat avec Robert Brout, le complice de toujours de François Englert. « Robert Brout était un humaniste qui aimait tous les aspects de la création intellectuelle : musique, littérature, sciences. Il arrivait souvent que nous mettions un quart d’heure pour aller à la cafétéria qui était juste à côté de nos bureaux, simplement parce qu’il s’arrêtait pour discuter des idées qu’il avait en tête. Américain, il avait passé une grande partie de sa vie en Belgique. C’était amusant : toutes nos discussions professionnelles devaient se faire en anglais tandis que nos conversations privées étaient en français. J’ai travaillé aux côtés de Brout, dans le couloir non loin de François Englert ; nous avons co-signé plusieurs articles ».

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« François Englert a finalement toutes les caractéristiques du grand physicien tel qu’on se l’imagine : la distraction, la prestance, la curiosité et même la légère calvitie », sourit Michel Tytgat. Il travaille aujourd’hui dans le service de Physique théorique qu’a dirigé François Englert ; mais c’est en tant qu’étudiant qu’il l’a connu : « C’était un professeur qui inspirait, qui fascinait, discutant avec aisance de questions conceptuelles profondes, voire abyssales! » observe-t-il.

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Témoignages

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Anne Taormina, Professor of Mathematics, Department of Mathematical Sciences, Durham University

Philippe Spindel, professeur ordinaire à la Faculté des Sciences de l’UMONS, chef du service de Mécanique et Gravitation

Marianne Rooman, Directeur de Recherches FNRS à l’ULB.

Riccardo Argurio, chercheur FNRS, Physique mathématique des interactions fondamentales.

François Englert sous la loupe

“En 1964, Brout et moi avions compris que notre théorie était sans faille du point de vue logique”.

À 81 ans, François Englert a gardé intacts sa curiosité, son enthousiasme et sa volonté de s'amuser en menant ses recherches. A l'origine avec son ami Robert Brout et Peter Higgs de la prédiction du boson scalaire, le physicien François Englert est en quête d'esthétisme pour le monde.

Divers papiers et publications jonchent le bureau; au mur, des toiles peintes par son épouse et quelques photos de maisons colorées au Chili… A 81 ans, François Englert fréquente toujours assidûment son bureau du campus de La Plaine.

“Vous savez, la physique, c'est un peu une drogue..."

Je continue à m'intéresser à certains problèmes.” sourit-il, assis derrière deux ordinateurs flambant neufs.

Pourtant, à 18 ans, c'est à l'ingéniorat qu'il se destine: il entame polytechnique à l'ULB. “Pendant mes études, je me suis rendu compte que ce qui m'intéressait, c'était comprendre les lois qui régissent les phénomènes et moins comment les utiliser techniquement. Diplômé, j'ai poursuivi des études de physique, puis un doctorat”. En 1959, docteur en physique, il s'envole pour l'Université de Cornell aux Etats-Unis, invité par le professeur Robert Brout.

Très vite, une grande complicité intellectuelle et une amitié forte naissent entre les deux hommes. “Nos visions sur la physique étaient très complémentaires: lui avait une approche plutôt anglo-saxonne basée d'abord sur l'image intuitive puis suivie du développement théorique tandis que j'avais une demarche plus “latine”, allant du formel à l'image” précise François Englert, “Et surtout, tous les deux nous voyions la physique et la connaissance en général comme devant échapper à la spécialisation”.

En 1961, alors qu'il termine son post-doctorat, François Englert se voit offrir un poste à l'Université de Cornell mais il refuse: la Belgique lui manque et il revient donc à l'ULB comme chargé de cours. Amateur de la culture européenne - et en particulier des arts -, marié à une Européenne, Robert Brout décide de suivre son ami et s'envole pour Bruxelles. Quelques années plus tard, Robert Brout qui entretemps a résilié sa nationalité américaine au profit de la belge, sera intégré définitivement à l'ULB.

À partir de 1980, François Englert et Robert Brout dirigent ensemble le Service de Physique théorique en Faculté des Sciences...

“En 1961, nous avons rencontré à l'Université de Cornell, Yoichiro Nambu qui introduisit en théorie des particules élémentaires la brisure spontanée de symétrie et qui recevra le prix Nobel de physique en 2008. Robert Brout et moi avions commencé là à étudier la théorie des particules élémentaires. A l'époque, les forces à longue portée (c'est-à dire agissant sur des objets très éloignés) étaient bien comprises et certains scientifiques pensaient qu'on pouvait ainsi comprendre les phénomènes depuis l'échelle de l'atome jusqu'aux limites de l'univers observable. Mais les forces à courte portée agissant au niveau nucléaire et subnucléaire restaient mystérieuses”, precise François Englert.

“Nous basant sur la brisure de symétrie introduite par Nambu nous avons construit un mécanisme engendrant des forces à courte portée à partir de celles à longue portée.En 1964, nous étions sûrs de la cohérence logique de notre théorie... Même si nous n'en voyions alors pas encore toutes les implications précises et nous avons publié notre article dans Physical Review Letters” Quelques semaines plus tard, l'Ecossais Peter Higgs introduisait lui aussi ce mécanisme. La théorie des trois chercheurs implique l'existence d'une particule, le “boson de Brout-Englert-Higgs” que le CERN a découvert en juillet 2012. Dès 1967, ce mécanisme devient un des éléments essentiels du “modèle standard” des interactions fondamentales initié par la théorie électrofaible de Steven Weinberg.

Novatrice, cette vision de la physique des particules mettra quelques temps à s'imposer...

En 1982, François Englert reçoit le Prix Francqui; en 1997, Brout, Englert et Higgs se voient attribuer le prix de la Société européenne de physique; suivront en 2004, le Prix de physique de la Fondation Wolf et en 2010, avec aussi Guralnik, Hagen et Kibble, le Prix JJ. Sakurai de la Société américaine de physique. Le 13 septembre 2012, François Englert est élevé à la dignité de commandeur du Mérite wallon. Le 29 mai 2013, il reçoit aux côtés de Peter Higgs et du CERN le prix Prince des Asturies de Recherche Scientifique et Technique. En 2013 également, sur proposition du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, le Roi lui accorde le titre de baron.

François Englert

Témoignages

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Barbara Clerbaux, maitre de recherche du FNRS au laboratoire de Physique des particules élémentaires.

Serge Massar, directeur de recherche FNRS, Laboratoire d’Information quantique

Michel Tytgat, service de Physique théorique