Longue tradition

La création de l'IBMM est le fruit d'une très longue tradition de recherche en biologie moléculaire à l'ULB. C'est en effet dès 1929 qu'un tout jeune et brillant étudiant en médecine, Jean Brachet, fait pour la première fois, pour parodier Molière, de la biologie moléculaire sans le savoir. Dans le laboratoire du professeur Dalcq à la Faculté de médecine de l'ULB, Jean Brachet étudie des molécules curieuses, les acides thymonucléiques ainsi dénommés par leur première mise en évidence dans le thymus. A cette époque, ces molécules paraissent être une sorte de réserve de sucres sans signification particulière. Jean Brachet montre pour la première fois, par la méthode colorimétrique de Feulgen, que les acides thymonucléiques sont aussi présents, dans les ovocytes et les oeufs de la grenouille Xénopus Leavis. Il découvre surtout que l'acide thymonucléique est un composant des chromosomes et qu'il est synthétisé lorsque les cellules se divisent après la fécondation. Cet acide thymonucléique n'est autre que l'ADN. Jean Brachet montrera aussi, un peu plus tard, qu'un autre acide, l'acide zymonucléique n'est pas, comme on le croyait à ce moment, un composé exotique de la levure ou de quelques cellules végétales mais est au contraire présent dans le noyau, le nucléole et le cytoplasme de toutes les cellules. Brachet parvient à établir, par son sens aigu de l'observation et sa rigueur expérimentale, que les cellules engagées activement dans la synthèse protéique sont riches en cet acide qui semble être particulièrement abondant dans l'ergastoplasme, siège supposé de la synthèse des protéines. L'acide zymonucléique est, lui, l'ARN. Les bases fondamentales de la biologie moléculaire étaient établies, nous étions alors en 1940.

Après les péripéties liées à la guerre, Jean Brachet rencontre Raymond Jeener avec qui il collabore dans son petit laboratoire du Rouge Cloître à Auderghem. Dès la fin de la tourmente, ce noyau de passionnés sera rejoint par d'autres éminents chercheurs, Hubert Chantrenne et Jean-Marie Wiame puis Maurice Errera et René Thomas. Ainsi se constituera le "groupe du Rouge Cloître".

L'environnement et les conditions combien modestes dans lesquelles travaillent ces chercheurs contrastent singulièrement avec la renommée internationale qu'ils vont acquérir. De ces petites maisons ouvrières d'Auderghem, transformées tant bien que mal en laboratoire, naîtra un souffle et un enthousiasme extraordinaire qui fera en effet reconnaître le groupe au niveau mondial. Brachet en particulier sera fait membre de la prestigieuse Académie des sciences des USA. La renommée ne faisant que croître, de plus en plus de jeunes chercheurs se tourneront vers cette science prometteuse qu'est la biologie moléculaire. Au début des années 60 les locaux deviennent vraiment beaucoup trop exigus.

La création des laboratoires à Rhode-Saint-Genèse, dans un grand bâtiment tout neuf construit par l'ULB grâce à l'aide de l'Euratom, sera une étape capitale dans le développement de ces laboratoires. Cette première migration allait en effet permettre aux équipes de s'épanouir dans un environnement ultramoderne qui changeait radicalement des conditions de vie au Rouge Cloître.

L'arrivée à Rhode fut à la base d'un deuxième élan pour le groupe et le nombre de chercheurs passa en quelques années de quelques dizaines à plus de 150. Les laboratoires désormais "de Rhode" perpétueront là une renommée internationale remarquable acquise par leurs aînés. De nouvelles orientations apparurent telles l'immunologie, l'embryologie de mammifères, la virologie, la génétique des procaryotes et des eucaryotes, la parasitologie, l'étude de la structure des protéines ou la génétique appliquée pour ne citer que quelques exemples. Cette évolution était d'ailleurs le reflet du développement de la biologie moléculaire elle-même dont les champs d'application ne faisaient que se multiplier.

Cette diversité et la croissance des groupes de recherche donneront naissance au Département de biologie moléculaire, entité officiellement reconnue par l'Université en 1968.

Le Département ne cessant de prospérer, les locaux de Rhode qui paraissaient si vastes à l'origine devinrent à leur tour trop petits et un essaimage de certains groupes devint inévitable. Le DBM était maintenant dispersé sur plusieurs campus, la Plaine, le Solbosch, celui du CERIA et de l'Institut Pasteur du Brabant ou encore vers Nivelles où fut créé le Laboratoire de génétique appliquée.

Parallèlement, un groupe de recherche fondamentale à orientation médicale se structurait à la Faculté de médecine dès 1963 sous l'impulsion initiale de A. Ermans et J. Dumont. Gilbert Vassart et bien d'autres chercheurs de talent rejoignirent ce groupe appelé d'abord Laboratoire de médecine nucléaire, puis, en 1972, l'IRIBHN (Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et nucléaire) qui deviendra en 2002, l'IRIBHM (Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire). Ces équipes dynamiques n'ont également cessé de gagner en importance tant du point de vue du nombre de chercheurs que de la diversité et la qualité des recherches. Ici aussi, un déménagement de maisons particulières aménagées en laboratoires précaires vers de vastes locaux sur le campus d'Erasme fut un moteur de cette progression. L'IRIBHM, par l'apport constant de jeunes, compte actuellement plusieurs dizaines de chercheurs. De l'origine, où l'intérêt des chercheurs était tourné vers différents aspects du métabolisme de la thyroïde, leurs travaux ont maintenant évolué avec un succès remarquable vers l'analyse des mécanismes de transduction des signaux à partir des récepteurs membranaires et plus récemment encore vers l'analyse et l'identification de ces récepteurs. La renommée tant nationale qu'internationale est là aussi, du plus haut niveau.

L'ULB disposait donc d'un potentiel remarquable qu'elle a mis à profit pour créer l'IBMM.