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Décrochage scolaire et modes de vie des jeunes
Politique, ressources, valeurs
Déterminants des comportements
Comportements et modes de vie
Santé et bien-être

Lieux de vie, environnement, services
0-5 ans
6-18 ans
Adultes
Personnes âgées
Population


Données générales - Données spécifiques - Commentaires - Implications - Origine des données



Afin de toucher une population généralement absente des enquêtes, 35 jeunes de 15 à 20 ans en décrochage scolaire ont été interviewés à la fin de l'année 1999 et au début de l'année 2000 dans la Communauté Wallonie-Bruxelles. Ils s'agit de jeunes qui sont soit en décrochage scolaire (brossage régulier, arrêt de la scolarité), soit qui suivent des filières de formation à horaire réduit (Centre d'Education et de Formation en Alternance, Apprentissage des Classes Moyennes et des PME) après une période de décrochage. Ces entretiens se sont effectués soit individuellement, soit en petit groupe et ont permis de préparer une enquête quantitative, de dégager les différents types de décrochage et d'identifier les problèmes spécifiques à chaque type de décrochage.

DONNEES GENERALES

FRAGILITE DES DECROCHEURS

Des études réalisées auprès de ces jeunes mettent en évidence que le décrochage s'associe à divers problèmes de santé (conduites à risque, troubles psychologiques, difficultés psycho-sociales). D'autres recherches identifient en plus, la famille (niveau socio-économique, encadrement déficient, etc.), l'expérience scolaire (échecs, motivation, indiscipline, etc.) et l'influence des pairs (pairs déviants, décrocheurs, etc.) comme des prédicteur du décrochage. Les jeunes décrocheurs adoptent plus volontiers des conduites à risque sur le plan physique (tabac, alcool, drogues illicites, conduites dangereuses, etc.) et psycho-social (vandalisme, "business", etc.). De même, ils semblent se caractériser davantage par un sentiment de mal-être (anxiété, solitude, manque de confiance en soi, etc.) Enfin, ils paraissent présenter une faible capacité d'adopter des comportements de santé (difficulté de se projeter dans l'avenir, manque d'aptitude à exprimer ses problèmes, etc.).

SITUATION PSYCHO-SOCIALE

L'intégration scolaire :
La plupart des jeunes en décrochage, qui ont habituellement un cursus jonché de difficultés (changements fréquents d'orientations, échecs, inscriptions tardives, renvois, etc.), ressentent un mal-être au sein du milieu scolaire : problèmes relationnels avec certains professeurs, sensation d'être différent des autres élèves, manque de confiance par rapport à la scolarité, difficulté de se projeter dans l'avenir, sensation de désutilité à l'égard du rôle de l'école. Au point que pour certains, l'école tend à devenir une source importante de détresse et nous révèle la présence de problèmes d'adaptation sociale qui se sont soit aggravés, soit créés au cours de la scolarité.
Face à ce mal-être, le jeune "conteste" sa situation en perturbant le fonctionnement de la classe et/ou s'enferme sur lui-même en se désengageant du processus de formation. Ces attitudes ont pour conséquence d'approfondir la désinsertion scolaire du jeune.

L'intégration amicale et familiale :
Dans l'ensemble, les jeunes rencontrés accordent une importance particulière à leurs amis et ceci au détriment de la famille. Cette dernière est souvent ressentie comme une entité collective structurant et contrôlant la scolarité et ceci à l'inverse de l'univers amical. [1]

Dans cette perspective, les jeunes passent la majeure partie de leur temps libre, y compris le temps libéré par l'absentéisme scolaire, avec les pairs, eux-mêmes souvent en décrochage. Ils éprouvent des difficultés à dialoguer librement avec leurs parents qui, bien souvent, ne sont pas au courant de la manière dont ils occupent leur temps.

DONNEES SPECIFIQUES

Jusqu'à présent, les décrocheurs ont été considérés comme un groupe homogène. Or, si des tendances générales apparaissent clairement chez les jeunes rencontrés, des différences éclosent également. Cette hétérogénéité prend toute son importance dans la mesure où elle révèle des problèmes plus spécifiques à certaines catégories de jeunes en décrochage. Pour mettre en évidence ces spécificités, trois figures typiques du décrochage sont décrites qui paraissent associés à des difficultés particulières sur le plan de la santé.

DECROCHAGE "AMICAL" ET COMPORTEMENT A RISQUE

La situation la plus souvent rencontrée chez les jeunes interrogés prend la forme d'un décrochage qui est associé d'une part, à une intégration familiale faible et d'autre part, à un entourage amical partageant une situation analogue. Dans ce cas, l'influence réciproque des pairs les uns sur les autres agit particulièrement sur l'absentéisme scolaire. Il est plus souvent caractérisé par une dimension collective et plaisante qui favorise plus aisément, chez ces jeunes, le développement de comportements à risques (alcool, cannabis, vol, etc.).
Dans cette perspective, "être jeune s'est fait pour s'amuser et pour se faire plaisir". Le jeune se met dès lors en disponibilité pour toutes expériences qui présentent un attrait ; expériences d'autant plus valorisées qu'elles structurent les liens développés au sein du groupe de pairs et donc l'insertion dans ce groupe. [2]

Pour certains, il s'agit d'un mode de vie passager et limité dans le temps tandis que, pour d'autres, l'importance donnée à l'entourage amical va être d'une telle intensité qu'il va se substituer à la famille et que le jeune va adopter progressivement un mode de vie de plus en plus difficilement compatible avec sa scolarité.

DECROCHAGE "SCOLAIRE" ET MAL-ETRE

Un autre cas de figure fréquemment rencontré parmi les jeunes de notre échantillon est un décrochage plus exclusivement marqué par une faible intégration familiale et par un entourage amical scolarisé. Dans cette perspective, l'isolement, la perte d'amis, l'ennui consécutifs au décrochage le discréditent. L'absentéisme n'a donc pas le côté attrayant qu'il a dans le cadre du décrochage collectif et traduit un malaise profond du jeune dans ses problèmes d'insertion scolaire (problèmes relationnels avec les autres élèves, avec certains professeurs, etc.) et/ou une présence, chez ce dernier, de troubles psychologiques importants (angoisse, stress, déprime, manque d'estime de soi, etc.).
Dans ce cadre, le jeune décroche pour fuir une réalité scolaire qu'il ne supporte plus (sentiment d'injustice, renvoi d'une image dégradante, etc.) ou qui n'a plus de sens à ses yeux (échec prévisible, orientation non choisie, etc.). Il agit en "choisissant" ce qui, pour lui, représente une situation de moindre mal. [3]

Les jeunes insérés dans ce type de modèle se trouvent dans une situation de fragilité importante tant sur le plan mental (déprime, tentative de suicide, etc.) que social (isolement, difficulté de trouver de l'aide, etc.). Et ceci d'autant plus, que le brossage ou l'abandon de scolarité va venir renforcer la solitude du jeune qui ne va par ce comportement ni trouver une compensation familiale, ni trouver une compensation amicale.

DECROCHAGE "FAMILIAL"

Le dernier modèle, minoritaire dans notre échantillon, est un décrochage combinant une forte intégration familiale à des pairs scolarisés. Dans cette optique, c'est le plus souvent une mauvaise intégration scolaire ou une décision familiale qui détermine l'absentéisme. Les jeunes inscrits dans cette insertion apparaissent comme adoptant peu de comportements à risque et comme trouvant davantage une compensation familiale par rapport aux problèmes de scolarité. [4]

A leur niveau, le décrochage, géré par la famille, semble moins problématique et moins prononcé (brossage moins régulier, arrêt limité dans le temps, etc.) que chez les autres jeunes de notre échantillon. Ce qui ne signifie pas qu'il n'existe aucun problème relationnel ou aucun comportement à risque. Tout dépend évidemment de la raison du décrochage et de l'intervention familiale dans ce décrochage.


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COMMENTAIRES

Les modèles ci-dessus sont des situations typiques, c'est-à-dire des catégorisations du décrochage scolaire. Ce qui signifie peut-être que peu de jeunes s'insèrent complètement dans un modèle. Ils peuvent s'inscrire dans une logique dominante qu'ils combinent avec des éléments des autres modèles. Par exemple, l'intégration familiale dans le décrochage amical et scolaire n'est pas automatiquement faible mais plus celle-ci est problématique, plus le jeune a tendance à soit se rapprocher de ses pairs, soit se sentir seul. Ce qui fait que certains jeunes en décrochage vont combiner des comportements à risque et des problèmes de santé mentale alors que d'autres vont s'insérer exclusivement dans une problématique de mal-être.
De même, le décrochage est un processus changeant. Un jeune peut dès lors passer d'un modèle à l'autre. Ainsi, par exemple, un brossage à caractère "festif" au départ peut, s'il perdure, aggraver les problèmes d'insertion scolaire et accroître par la même occasion le malaise du jeune dans son rapport à lui-même.

D'un autre côté, il est important de signaler qu'aucun des jeunes rencontrés ne présentait une forte intégration familiale et des amis en décrochage, comme si la combinaison de ces deux entités sociales paraissait incompatible.
Enfin, une forte intégration familiale n'est pas exempte de problèmes sanitaires. Une famille hyperprotectrice peut, en effet, engendrer des troubles psychologiques chez le jeune.


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IMPLICATIONS

L'analyse de la population des jeunes en marge du système scolaire nous a montré qu'il s'agit d'un public qui requiert toute notre attention. En effet, bien souvent, le décrochage nous indique non seulement la présence de comportements à risque ou de mal-être mais les favorise aussi.
La mise en exergue de cette fragilité sanitaire des décrocheurs renforce l'idée :

  • de donner la priorité au développement d'une école qui soit un lieu de vie agréable, motivant et attractif pour le jeune;

  • d'agir de manière préventive sur les jeunes à risque en favorisant l'écoute, la communication, la tolérance entre les acteurs du monde scolaire;

  • de veiller au développement de projets de gestion précoce du décrochage pour en éviter l'aggravation;

  • d'une meilleure prise en considération des attentes du jeune en ce qui concerne le choix des orientations;

  • de développer les aptitudes à communiquer avec et dans la famille;

  • de former des équipes spécifiques conscientes des différents types de décrochage.

Rédaction @ ULB-PROMES, Damien Favresse, octobre 2001.



ORIGINE DES DONNEES :
  • FAVRESSE D., KOHN L. & PIETTE D.
    Etude de la santé des jeunes en décrochage scolaire et du cannabis à l'adolescence, Rapport de recherche financée par la Communauté française, Direction Générale de la Santé, octobre 2000.

POUR EN SAVOIR PLUS :

  • DELBOS PIOT, NARRING F. & MICHAUD P. A.
    La santé des jeunes hors du système de formation, SANTE PUBLIQUE, 1995, n° 1 : 59-72.

  • DOSSIER Décrochage scolaire, L'OBSERVATOIRE, 2000, n° 28 : 9-92.

  • PAVIS S. & CUNNINGHAM-BURLEY S.
    Male youth street culture : understanding the context of health-related behaviours, 1999, HEALTH EDUCATION RESEARCH, 14 (5): 583-596.

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