Elle est venue la première fois, au printemps en demandant un suivi pour sa toxicomanie, avec Subutex.
Après avoir eu un contact au Cèdre Bleu, et pris un rendez-vous avec un psychologue de l'A.I.D.E. qu'elle n'a jamais vu.
Car, dit-elle, par 2 fois, elle a du attendre une heure, et en a eu marre d'attendre.
Ce n'était pas tout à fait la première fois qu'elle ouvrait la porte de notre cabinet de trois associés.
J'ai trouvé dans le fichier, 3 fiches, avec 3 ou 4 prescriptions de petites benzos, faites par les 3 associés
Elle se présentait comme une anxieuse qui dort mal.
Hier, très spontanément, après avoir parlé de bien autre chose, plutôt de l'avenir professionnel,
elle m'a raconté qu'elle avait tout expliqué à son fils de 10 ans, qu'elle préférait qu'il sache,
et cela pour qu'il comprenne certains événements du passé, quand elle le mettait chez " papi ", ou chez sa sœur , la tante du petit,
lorsqu'elle est parti en postcure, ou qu'elle préférait qu'il ne la voit pas trop mal.
" Enfin je lui ai dit que je me suis droguée. Et que maintenant je me soigne. Je ne lui ai pas raconté tous les détails affreux bien sûr. "
Nous avons donc discuté un moment de cela : la vérité aux enfants.
De ce qu'ils pouvaient comprendre, de l'angoisse que les zones d'ombre du passé pouvait déclencher chez eux, du risque aussi de leur faire porter des choses lourdes, trop lourdes psychologiquement.
A d'autres consultations, nous avions discuté de ses métiers antérieurs, de ses difficultés conjugales, et du divorce, de la religion, sa mère est plutôt catholique, son nom de famille a une consonance méditerranéenne, et son prénom est chrétien.
Elle dit qu'elle ne sait pas qui est son père, je ne lui ai jamais demandé si son nom de famille était celui de sa mère ou de son père.
Elle lit beaucoup, tard le soir, Stephen King en ce moment, elle cherche tous ses bouquins, en format poche, en bibliothèque de prêt municipale.
A la fin la conversation elle a signifié ces 2 points :
j'ai dit à mon fils que je l'aimerais toujours,
et je lui ai dit que tout ce qui était arrivé n'était en aucun cas de sa faute, qu'il ne fallait pas qu'il se culpabilise.
Elle a fait au printemps (elle le faisait quand elle a commencé à consulter) un stage pour soins aux personnes âgées, et elle espère à court terme entrer dans un cycle pour apprendre le métier d'aide-soignante.
Elle a bien déprimé cet été, quand sa sœur a perdu un bébé à peine né.
Quelles questions fondamentales : la vérité aux enfants.
Doit-on laisser les enfants dans l'illusion, ou le non-dit des secrets trop lourds, qui seront peut-être racontés de façon impromptue par d'autres.
Faut-il tout leur dire, avec le risque qu'ils ne comprennent pas, et jugent ? ou ne sachent pas porter ce qui est soudain révélé, quoique, ne se doutent-ils pas un peu ?
Faut-il surtout leur rappeler l'amour qu'on a pour eux, et qu'ils ne sont pas responsables des erreurs des adultes.
dans les 2 années précédentes.
Elle dit toujours qu'elle dort mal.
Mais que ce n'est pas grave, et qu'elle ne veut rien d'autre que le subutex.
Je pense qu'elle a du refumer un peu d'héro, sans se piquer. Je crois qu'elle n'a jamais du se piquer.
MF & SP
