Contenu : histoire naturelle de l'OMA / coût de l'OMA / diagnostic / les antibiotiques dans l'OMA / autres traitements de l'OMA / les complications de l'OMA / surveillance de l'OMA / prévention de l'OMA / niveau de recommandation/ références
L'otite moyenne aiguë (OMA) est une affection fréquente, surtout chez l'enfant de moins de 3 ans (62 % des enfants de moins d'un an, et 83 % des enfants de moins de 3 ans ont présenté une OMA). Cette affection est également fréquemment récidivante (25 à 46 % des enfants de moins de 3 ans en ont fait plus de 3). La guérison clinique est spontanée dans la majorité des cas, 80 % en moyenne.
Les germes les plus couramment rencontrés sont bactériens, et, dans ce cas, des pneumocoques dans 30 à 44 % des cas, des hémophilus influenzae dans 22 à 33 % des cas ou des moraxella dans 7 à 20 % des cas, suivant les études. Les germes non bactériens sont des virus dans 6 à 40 % des cas. L'évolution vers une guérison bactérienne spontanée de l'OMA serait différente selon le germe en cause: 20 % pour le pneumocoque, 50 % pour l'hémophilus influenzae et 80 % pour le moraxella. En cas d'évolution clinique non favorable, le streptocoque b hémolytique A sera le germe le plus fréquemment retrouvé. C'est le germe par excellence de la mastoïdite, mais sa virulence s'est atténuée ces dernières années.
2. COUT DE L'OMA
L'évaluation du coût de l'OMA doit tenir compte du coût direct (médicaments, visites médicales, voire chirurgicales) et du coût indirect (absentéisme des parents). Le coût d'un épisode d'OMA est estimé, aux USA, à 1330 $, dans une étude prospective. Ce coût peut être majoré par les effets secondaires des antibiotiques et les conséquences de la résistance bactérienne induite par ce traitement.
Au Canada, la surprescription d'antibiotiques dans les infections respiratoires virales est estimée à 49 % du coût total des antibiotiques. L'OMA représentait, dans cette étude, le motif de consultation et de prescription d'antibiotique le plus fréquent, totalisant 39 % de tous les antibiotiques prescrits.
3. DIAGNOSTIC
Le terme d'otite moyenne recouvre un continuum de plusieurs pathologies : l'otite moyenne aiguë (OMA, présence de pus dans l'oreille), l'otite moyenne séro-muqueuse (OSM, les sécrétions pouvant être séreuses ou muqueuses ou les 2 simultanément, les anglophones parlant de "middle ear effusion" MEE ou "otitis media with effusion" OME ), l'otite moyenne séro-muqueuse chronique si l'effusion persiste plus de 3 ou 4 mois. Le diagnostic clinique de l'OMA ne semble pas unanime.
Le "standaard otitis media acuta" du Nederlands Huisartsen Genootschap (1) propose :
4. LES ANTIBIOTIQUES DANS L'OMA
La nécessité d'un traitement antibiotique dans l'OMA est discutable et discutée. Il faut cependant tenter d'en dégager les indications éventuelles, avec les niveaux de preuve y afférents.
Les habitudes actuelles de prescription d'antibiotiques dans l'OMA varient fortement d'un pays à l'autre: 31 % en Hollande pour 98 % aux USA, en Australie ou en Nouvelle Zélande pour 85 % en Belgique dans les années 1990.
Aux USA, c'est le motif principal de prescription d'antibiotiques pour les patients non hospitalisés; 90 % des prescriptions d'antibiotiques chez les enfants de moins de 2 ans étaient destinées à traiter une OMA.
L'utilisation fréquente d'antibiotiques est responsable de l'augmentation de la fréquence de germes résistants. Un emploi plus parcimonieux des antibiotiques peut réduire le taux de résistance des germes (voir expérience en Finlande).
L'amoxicilline reste le (ou un des) premier(s) choix dans les consensus, pour des raisons économiques et scientifiques. Elle reste efficace sur le pneumocoque, sauf résistance (7 % en Belgique en 1998). Cette résistance étant de type intrinsèque et non liées à la production de bêta-lactamases, les autres bêta-lactames ne sont pas plus efficaces, y compris le clavulanate. Si le pneumocoque présente une sensibilité intermédiaire (7 % en Belgique en 1998), l'augmentation de la dose d'amoxicilline permettra de rester efficace. L'amoxicilline est active sur l'hémophilus influenzae sauf résistance (résistance, par production de bêtalactamases, de 17 %, et résistance intrinsèque rare), et sur le moraxella non producteur de bêtalactamases.
Marchant (3) a comparé plusieurs méthodes d'évaluation de l'efficacité des antibiotiques dans l'OMA. La majorité des études est basée sur la guérison clinique (plus de plaintes ni de symptômes) de l'OMA, qui ne correspond pas à une guérison bactériologique (absence de germes dans l'oreille moyenne). Dans son étude comparative, l'auteur a observé qu'un antibiotique ayant une efficacité antibactérienne plus faible que d'autres apparaissait plus efficace que ces autres antibiotiques si le seul critère de jugement de l'étude était l'efficacité clinique. La différence d'efficacité entre deux antibiotiques lui semblait également difficile à déterminer.
Pour obtenir des différences statistiquement significatives d'efficacité de ces molécules, il faudrait un nombre de sujets inclus dans une étude beaucoup plus important que celui enregistré dans les études réalisées à ce jour. Aucune conclusion ne peut donc être tirée des études publiées pour l'efficacité plus importante d'un antibiotique par rapport à un autre.
En 1994, Rosenfeld (4) résumait les résultats des études publiées:
En 1998, Damoiseaux (6), après une revue des études effectuées chez des enfants de moins de 2 ans, concluait :
En 1999, Glasziou (7) concluait :
Il n'y a, à l'heure actuelle, pas de preuve de l'utilité de prescrire un antibiotique dans une OMA, entre autres pour prévenir les complications (sauf pour son effet sur la douleur avec un NNT de 20 enfants pour en soulager un). La crainte de ces très rares complications de l'OMA motive cependant de nombreuses prescriptions d'antibiotiques. En l'absence de données probantes de la littérature, les consensus ont tenté de cerner les patients (essentiellement les enfants) les plus à risque de faire une complication.
La prescription d'un antibiotique pourrait donc se justifier pour :
La prescription différée est un outil utile pour la mise en œuvre de cette approche thérapeutique. La rédaction d'une prescription avec administration de l'antibiotique dans des conditions bien précisées (aggravation dans les 24 heures ou les 3 jours suivant l'âge de l'enfant, persistance des symptômes après 3 jours) permet de dispenser d'un nouveau contact si celui-ci n'est pas nécessaire. Il est certain qu'il faut expliquer clairement la stratégie de traitement aux parents de l'enfant malade comme à la personne atteinte d'une OMA. Une information plus complète sur l'otite moyenne aiguë est, dans ce cadre, fort utile. Un document écrit peut faciliter cette communication (voir Recommandation). Il faut également insister sur le fait qu'une prescription d'antibiotique ne dispense certainement pas d'une surveillance de l'évolution, des complications pouvant apparaître également sous traitement.
Il n'y a pas de consensus international sur la durée du traitement antibiotique.
Une méta-analyse récente (10) compare les études de traitement antibiotique de l'OMA pendant des périodes de 5 jours, à celles de cure de 8 à 10 jours. Si une amélioration plus rapide (après 8 à 19 jours) est notée dans les traitements plus longs, cet avantage s'amenuise à 20 à 30 jours. A 3 mois d'évolution cet avantage disparaît. Aucune différence n'est observée suivant l'antibiotique
L'auteur concluait :
"5 jours de traitement avec un antibiotique à courte durée d'action est un traitement efficace d'une OMA non compliquée chez l'enfant "(âgé de 4 semaines à 18 ans dans les études retenues)Le taux d'échec de traitement étant plus élevé chez les jeunes enfants, certains experts préconisent un traitement de 10 jours d'antibiotiques pour ces jeunes enfants (11).
5. AUTRES TRAITEMENTS DE L'OMA
Le paracétamol ou l'ibuprofène sont couramment utilisés comme analgésiques dans l'OMA
Un consensus finlandais de 1987 (1) avait analysé les études contrôlées sur l'utilisation de gouttes nasales décongestionnantes dans l'OMA. Aucune étude n'avait montré d'efficacité. L'avantage semble donc uniquement subjectif.
Il n'existe aucune indication à l'instillation de gouttes auriculaires dans l'OMA. Les gouttes employées à cet usage peuvent être allergisantes, ou ototoxiques (12). Une antibiothérapie locale est inefficace (23) et peut modifier l'examen du tympan.
Aucune étude validée n'existe pour démontrer l'utilité des décongestionnants par voie générale dans l'OMA. Par contre la toxicité de ceux-ci chez les enfants est bien connue, notamment les troubles neurologiques (14).
Il n'existe aucune étude validée démontrant l'utilité des mucolytiques dans l'OMA. La possibilité d'une hypersensibilité à l'acétylcystéine et à la carbocistéine a été récemment signalée (15), sous la forme d'urticaire, d'œdème de Quincke, voire de choc anaphylactique (très rare). Le rapport bénéfices/risques des mucolytiques est donc défavorable.
6. LES COMPLICATIONS DE L'OMA
La diminution du risque de mastoïdite est difficile à préciser . Si, en 1954, Rudberg observait, en Suède, 17.3 % de mastoïdite en cas d'OMA (16), dans les années 1971-88, en Hollande, ce taux était de 0.2 % (1). Dans les études plus récentes, il n'y a pas de cas de mastoïdite observé dans les OMA non traitées par antibiotiques, mais, vu la faible incidence de cette complication, seule une étude sur un très grand échantillon permettrait de conclure (4). La prévention de la méningite consécutive à l'OMA par un traitement antibiotique est également douteuse (17, 18, 19). Il n'est donc pas prouvé que le choix de traiter toutes les OMA par antibiotique soit plus efficace que de traiter certains cas ciblés (18).
Daly (20) insiste sur la nécessité d'être attentif aux symptômes de complication intracrânienne de l'otite moyenne, particulièrement chez l'enfant recevant un antibiotique: céphalée persistante, léthargie, mal-être, irritabilité, otalgie sévère, fièvre persistante, nausées et vomissements, ou signes nerveux centraux comme raideur de nuque, crises épileptiques focales, ataxie, troubles visuels.
Dhooge (21) insiste sur la survenue plus fréquentes des complications intratemporales et intracrâniennes chez les jeunes enfants (âgés de moins de 24 mois), sur l'absence de sécurité d'un traitement antibiotique pour la prévention de ces complications (87 % des enfants présentant une complication avaient reçu un antibiotique, qui était de l'amoxicilline-clavulanate dans 45 % des cas), sur l'atténuation de la symptomatologie des complications par ce traitement antibiotique et donc le délai prolongé dans la prise en charge.
L'OSM peut être considérée comme une évolution normale d'une OMA, 30 à 50 % des enfants traités pour une OMA présentant une OSM après un mois (20), l'évolution étant peu influencée par l'administration ou non d'un antibiotique. Persistante plus de 3 à 4 mois, une OSM devient une otite moyenne chronique présentant ses propres complications (20).
7. SURVEILLANCE DE L'OMA
Une surveillance étroite de l'évolution de l'OMA est nécessaire :
8. PREVENTION DE L'OMA
Les mesures suivantes sont utiles pour prévenir les OMA :
9. NIVEAU DE RECOMMANDATION
Cet article est un résumé de la recommandation de bonne pratique réalisée par la Société Scientifique de Médecine Générale, en se basant sur les études Evidence-Based Medicine et en donnant le niveau de preuve de ses propositions. La recommandation complète sera bientôt accessible sur le site de la SSMG
Le niveau de recommandation adopté par la SSMG est :
REFERENCES
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