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Jean-Christophe de Biseau, Biologie des communautés animales (ULB)

Le 23 février, vous donnerez une conférence à l'attention des enseignants, sur le thème du mimétisme chimique. Qu'entend-t-on par " mimétisme chimique "?
Depuis plus d'un siècle, les biologistes étudient le mimétisme visuel, répandu dans le monde vivant et assez facile à détecter par l'œil humain. En revanche, le mimétisme chimique, bien qu'au moins aussi répandu, n'est étudié que depuis quelques années, depuis l'avènement de l'écologie chimique, une discipline qui se situe au carrefour entre la biologie et la chimie et qui étudie les substances naturelles produites par les êtres vivants. Les instruments de mesure dont on dispose aujourd'hui nous permettent d'étudier ces substances produites en quantité infime et d'observer, notamment, que certains organismes imitent les odeurs produites par d'autres.

Où rencontre-t-on ce type de subterfuge?
On le rencontre chez beaucoup d'animaux et en particulier dans les sociétés d'insectes qui recourent beaucoup à la communication chimique. Les fourmis par exemple ont développé une communication chimique performante qui leur permet notamment de reconnaître les membres de leur société et de rejeter tout individu qui ne lui appartient pas. Certains insectes réussissent pourtant à briser ce mécanisme de protection : ils miment la signature chimique de la colonie, ce qui leur permet de s'installer dans la fourmilière et de s'y nourrir de larves de fourmis en toute tranquillité!

Le mimétisme chimique serait donc un bon atout pour réussir à vivre aux dépens d'autres?
Au même titre que le mimétisme visuel, c'est une véritable stratégie de la tromperie ! Ce qui est fascinant c'est que, au travers d'un jeu de hasard et de sélection, certaines espèces ont réussi à déjouer des mécanismes de communication complexes mis en place par d'autres espèces. C'est le cas par exemple du mutualisme bien connu entre les fourmis et les pucerons. Les pucerons se nourrissent de la sève des plantes. Or celle-ci contient beaucoup plus de substances sucrées que de substances protéiques. Le puceron élimine le surplus de sucre à travers ses excréments, le miellat. Les fourmis, elles, sont très friandes de substances sucrées. Elles défendent donc les pucerons contre leurs prédateurs et " en cadeau ", elles peuvent se nourrir du miellat. Cette association bénéfique peut aller très loin puisque certaines espèces de pucerons dépérissent si on les prive de " leurs " fourmis. Ce système implique que les fourmis, qui sont aussi carnivores, reconnaissent les pucerons. Pour déjouer l'efficacité de ce mutualisme, certaines guêpes parasites de pucerons miment l'odeur caractéristique de ces derniers. Elles passent donc parfaitement inaperçues aux antennes des fourmis et peuvent parasiter leurs hôtes sans être attaquées par les fourmis.

Le mimétisme chimique fait partie d'une notion plus large: la communication chimique. C'est là le fil conducteur des différentes recherches menées dans votre laboratoire?
Nous nous intéressons effectivement à la communication chimique chez les insectes, particulièrement les fourmis et les termites. Nous étudions la communication entre individus d'une même colonie et le rôle de cette communication dans l'organisation sociale. D'une part, nous essayons de comprendre comment des organismes individuellement très simples, parviennent à réaliser des performances étonnantes quand ils sont en société, par exemple comment ils réussissent à prendre des décisions collectives efficaces… La communication chimique et des processus d'auto-organisation permettent d'expliquer pourquoi les comportements collectifs observés dans les sociétés d'insectes sont plus complexes que la simple addition des comportements individuels. D'autre part, nous étudions les conflits génétiques au sein de colonies d'insectes et en outre le rôle des signaux chimiques dans la gestion de ces conflits. Nos centres d'intérêt ne se limitent pas aux insectes sociaux : les relations plantes-insectes sont également étudiées ainsi que certains aspects plus appliqués, comme le rôle de la communication chimique dans les méthodes de lutte biologique.

Pour en savoir plus:
Conférence de Jean-Christophe de Biseau, le samedi 23 février (10 heures), lors de la matinée " spéciale enseignants ": " Le mimétisme chimique ".
Informations et réservation (conseillée): 071 600 300 ou ccs@ulb.ac.be

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