Georges
Van Hout (1918-2004)
Mathématicien,
homme de lettres
Membre
fondateur et président d'honneur de La Pensée et les
Hommes
"Héritier
du Miracle grec, des audaces de la Renaissance, de la rigueur rationaliste
et de l'enthousiasme des Lumières, scientifique certes, mais
épris de littérature, passionné d'archéologie,
de peinture, mais aussi mélomane attentif -il était intarissable
tant sur Arcimboldo que sur Monteverdi-, Georges Van Hout fut dans toute
l'acception du terme un humaniste, un honnête homme au sens du
XVIIIe et, dès lors en parfaite logique, l'une des figures majeures
de la laïcité du dernier demi-siècle. Car, pour lui,
humanisme et laïcité allaient de pair."
Paul
Danblon
extrait de "La trajectoire d'un humaniste"*
Georges
Van Hout est certainement une des figures les plus médiatiques
du mouvement laïque en Belgique.
Il
nait à Bruxelles le 27 avril 1918.
En
1941, il obtient une licence en sciences mathématiques à
l'Université Libre de Bruxelles. Suite à la fermeture
de l'université bruxelloise par l'occupant allemand, il poursuit
son cursus à l'UCL où il décroche un post-graduat
en sciences actuarielles en 1944. Durant cette période, il va
enseigner dans le cadre des cours clandestins de l'ULB.
Professeur
de mathématiques, il est nommé préfet des études
de l'Athénée Adolphe Max à Bruxelles en 1958, poste
qu'il occupera jusqu'en 1973.
Passionné
de culture et de spectacle, il préside aux destinées du
"Jeune Théâtre de l'ULB" (1951-53) dont il avait
été membre depuis la fondation, ainsi qu'à celles
de l'Union Européenne du Théâtre Universitaire (1954).
Il sera également chargé de cours à l'INSAS de
1962 à 1970.
Critique dramatique au "Pourquoi Pas?" (1949-51) et à
"Germinal" (1951-53), homme de lettres, il a adapté,
sous le pseudonyme de Jean Le Paillot, des œuvres de Shakespeare
et des tragiques grecs.
Sous
ce même pseudonyme, il produit dès 1953 de nombreux programmes
radiophoniques pour l'INR dont Radio-Jeunesse, Au Fil du
temps, Histoires de coeur, etc.
Son
activité de producteur indépendant le mit en position
de proposer avec quelques autres amis laïques dont Robert Hamaide,
la concession d'heures d'émissions de philosophie et de morale
laïque sur les ondes radio de l'INR, puis en radio et télé
sur la RTB. Ces émissions furent concédées en 1956
à une Commission consultative et intitulées La Pensée
et les Hommes. En
1957, un premier bulletin retranscrivant les textes des émissions
diffusées en radio voit le jour. Il se muera en revue culturelle
en 1959.
Ainsi
que Georges Van Hout l'écrit en 1985: “Dans sa programmation,
La Pensée et les Hommes traitait toute espèce de sujet,
au-delà de ce qui était strictement “philosophique
et moral”, mais dans une perspective libre-exaministe. Elle fut
la première, avant la presse écrite, la radio-télévision
officielle, et en opposition avec les lois en cours, à introduire
les dossiers de la contraception, de l’information contraceptive,
de l’éducation sexuelle, de l’interruption de grossesse.
Elle s’affirma également à propos de la peine de
mort, du tiers monde, de la reconnaissance de l’objection de conscience,
de l’euthanasie, des droits de la femme, etc. Aujourd’hui,
tout ceci peut sembler banal vu l’évolution des mentalités
et l’adaptation des codes; il y a trente ans, ces choix étaient
nouveaux et qualifiés de “provocateurs” par les milieux
conservateurs." **
C'est
peu dire que l'émission La Pensée et les hommes
fut rapidement
rebaptisée "Radio
Télévision du Diable" par les milieux catholiques
conservateurs et Georges Van Hout vilipendé par la presse bien
pensante.
En
1957, pour exemple, la Conférence
de Évêques de Belgique publia un communiqué de presse
dénonçant le caractère "blasphématoire
et sacrilège" de l'émission radiophonique La
Pensée et les Hommes suite au passage d'un exposé
de Jacqueline Marchand, de l'Union rationaliste française, consacré
aux "origines sociales du christianisme".
Robert
Wangermée, administrateur général honoraire de
la RTBF, souligne l'exemple d'audace et d'indépendance donné
à l'époque par La Pensée et les Hommes
et précise que :"dans certaines circonstances, La Pensée
et les Hommes a même pu aider la RTB à s'affranchir des
pression exercées sur sa programmation par certaines manipulations
de l'opinion".***
Le
1er juin 1961, le conseil d'administration de la RTB reconnait
le principe de l'égalité d'accès aux médias
pour les "catholiques" et les "laïques" et
garantit l'accès pour les israélites et les protestants
en tant que groupes culturels. Le 30 juin 1961, l'asbl La Pensée
et les Homme est fondée et se voit confier la gestion des
émissions de radio et de télévision de philosophie
et de morale laïque.
Georges
Van Hout sera encore, avec Robert Hamaide, un des artisants du Pacte
des Ondes en 1963 dont la déclaration commune affirmait
: “Le progrès ne résulte pas de la restriction
de la liberté de penser ou de s’exprimer librement, mais
bien de la connaissance adéquate de la réalité,
permettant à l’homme de fonder son jugement et de motiver
son action. Dans une société pluraliste, toute information
toute croyance sincère, toute oeuvre d’art doit pouvoir
être communiquée, quel que soit son engagement particulier.
Toute “censure” au sens strict est d’ailleurs interdite
par notre Constitution; elle est, de plus, contraire à l’esprit
de nos lois et de nos moeurs politiques et sociales.”
En
1969, l'association La Pensée et les Hommes participe
activement à la création du Centre d'Action Laïque
(CAL) dont Robert Hamaide devient vice-président.
Par
la suite,
Georges Van Hout assumera encore, entre autres, les fonctions de secrétaire
général de la Commission française de la culture
de l'Agglomération bruxelloise (1974-1983) et de vice-président
de la Commission Nationale du Pacte Culturel (1975-1981).