In memoriam Heinz HAUBEN
1941-2013
 
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Source: http://idw-online.de/pages/de/news186639
 
Discours prononcé durant l'Assemblée Générale de l'AIP réunie à Varsovie le 3 août 2013
Speech delivered during the General Assembly of the AIP gathered in Warsaw on August 3rd, 2013
par - by: Hans HAUBEN
 

Il y a quelques semaines à peine, lors du solstice d’été, s’éteignit à Trèves, après une longue et pénible maladie, le Professeur Heinz Heinen. Notre collègue bien-aimé naquit le 14 septembre 1941 à Sankt Vith, une ville située en Belgique germanophone, tout près des frontières allemande et luxembourgeoise. Après la seconde guerre mondiale, qui s’avérait particulièrement tragique pour la région, il y parcourut l’école primaire et y fit ses humanités au collège épiscopal.


En 1959, il s’inscrivit à l’Université Catholique de Louvain, où il suivit, en langue française, les cours de philologie classique et d’histoire ancienne (1959-1964). C’est là que, sous l’influence du professeur Willy Peremans, il commença à s’intéresser à l’histoire ptolémaïque et à la papyrologie. Ses mémoires de licence (1963 et 1964) avaient pour sujet les relations diplomatiques des Lagides. L’allemand étant sa langue maternelle, le jeune licencié partit en 1964 pour Tübingen, pour y obtenir son doctorat déjà deux ans plus tard. Son mémoire concernait les relations entre Rome et l’Égypte du temps de Cléopâtre VII et Ptolémée XIII. Rentré en Belgique afin d’y accomplir son service militaire, il repartit pour l’Allemagne, cette fois-ci de façon définitive. Déjà en 1970, il put présenter son ‘Habilitationsschrift’ à la prestigieuse Université de Munich. Publiée en 1972, cette étude traite, d’une part, de l’histoire de l’époque de Ptolémée Keraunos et, de l’autre, de la guerre Chrémonidéenne. Jamais il ne manquera de témoigner son attachement à la mémoire de son Maître, le professeur Hermann Bengtson, ainsi qu’à l’université qui l’avait initié aux sciences de l’Antiquité. Après un court passage à Saarbrücken (1970-1971), il fut nommé en 1971 à la chaire d’Histoire Ancienne de l’Université de Trèves, une institution qui venait d’être refondée (1970) après une interruption de plus d’un siècle et demi. Il y restera jusqu’à son éméritat en 2006.

C’est entre autres grâce à lui, grâce à son approche pluri-disciplinaire et pluri-culturelle de l’Antiquité, que Trèves ne tarda pas à devenir un des hauts lieux de l’Altertumswissenschaft en Allemagne. Il y fut un des fondateurs du ‘Forschungszentrum Griechisch-Römisches Ägypten’, le ‘phare alexandrin’, pourrait-on dire, des études intégrées de l’Égypte tardive. Mais son travail scientifique ne se limita pas à ce domaine, en soi déjà fort spacieux. En fait, Heinen a suivi quatre grandes pistes. Sur chacun de ces trajets, il s’est montré un maître souverain. Il n’y avait pas que l’Égypte. Bien vite il s’est immergé dans le passé gallo-romain et paléo-chrétien de sa ville d’adoption. Deux livres fouillés et plusieurs articles y furent dédiés. Il apprit le russe - un monde jusqu’alors pratiquement inconnu s’ouvrit bientôt à lui et, par lui, à nous. C’est ainsi que d’anciennes études de Michael Rostovtzeff écrites en russe devinrent accessibles. Bientôt Heinen se manifesta comme grand connaisseur du royaume du Bosphore et des régions de la mer Noire. En même temps il fut un des pionniers du rétablissement des relations avec nos collègues d’Europe orientale, en particulier ceux de l’Union soviétique, collègues qui, pratiquement coupés de l’Occident, n’avaient entretemps cessé de travailler en silence. Les dernières années de sa vie, il a pris sur lui, sous l’égide de l’Académie des sciences et littérature de Mayence, la réalisation d’un grand projet concernant l’esclavage dans l’Antiquité. Plusieurs volumes des Forschungen zur antiken Sklaverei ont été édités par lui.

Heinz Heinen fut un professeur, un savant, un scientifique hors de pair. Son goût du travail, sa méthode systématique, sa force morale, son équilibre mental lui ont permis de réaliser en quelques décennies une oeuvre pour laquelle, normalement, une seule vie ne pourrait suffire.

Grand seigneur, professeur dévoué, être chaleureux, époux affectueux, père attentif: par dessus tout, Heinen fut un homme fidèle, fidèle à ses choix, fidèle à sa famille, fidèle à ses universités, fidèle à la science, fidèle à sa patrie, fidèle à sa religion. Jamais, il n’a renoncé à sa nationalité belge. Il parlait d’ailleurs nos trois langues officielles d’une manière impeccable.
Depuis son mariage en 1964 et jusqu’au dernier moment, Heinz a été soutenu par son épouse Marie-Louise, originaire de la même ville que lui. Les dernières années ont été particulièrement dures. Mais il a continué à travailler dans la mesure du possible. Il est mort en combattant. Debout, comme un soldat.

 
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