L'iceberg A68 part à la dérive : petite clé de lecture glaciologique et biologique

Mercredi l 19-07-2017

Ce Mercredi 12 Juillet, l'iceberg A68 s'est détaché de la plateforme de glace flottante (ice shelf, en anglais) Larsen C, à grand renfort de support médiatique !... Il faut dire qu'on attendait cet évènement depuis longtemps, avec un suivi rapproché depuis 2009, rendu possible par des outils satellitaires de plus en plus performants. Impressionnant par sa taille (5800 km2 de superficie, 350 m d'épaisseur) cet iceberg tabulaire figure parmi les records d'observation aujourd'hui. Une occasion de proposer une petite « clé de lecture » sur l'importance et l'intérêt de ce phénomène.

Iceberg et Banquise...ne pas confondre !... un iceberg est donc une importante masse de glace météorique (souvent de quelques centaines de mètres d'épaisseur) qui se détache du continent Antarctique. Par glace météorique, on entend ici une glace formée par l'accumulation de précipitations de neige (d'où le terme météorique) à la surface d'un glacier ou d'une calotte glaciaire, l'Antarctique dans ce cas-ci. La banquise, au contraire, résulte de la congélation de l'eau de mer chaque hiver. Elle n'est épaisse que de 60 cm en moyenne en Antarctique, mais peut s'épaissir sur quelques mètres par l'ajout de neige en surface, où par l'empilement dynamique lié aux courants marins. Contrairement aux glaces météoriques, la banquise est généralement saline (6 à 12 grammes de sel par kilo de glace), mais d'une salinité moindre que l'eau océanique (34 à 35 grammes de sel par kilo de glace).

Iceberg et Plateforme de glace flottante (ice shelf) : Un iceberg se détache généralement d'une masse de glace plus conséquente (processus qu'on appelle le vêlage), qui résulte de la mise en flottaison, sous l'effet de la poussée d'archimède, de courants de glace qui s'écoulent de l'intérieur d'une calotte glaciaire, sous l'effet de leur propre poids, et forment ainsi une plateforme de glace flottante.

Fonctionnement d'une plateforme de glace flottante et Intérêt climatique : Les plateformes de glace flottantes sont les « robinets » qui contrôlent l'écoulement des calottes glaciaires vers l'océan, c'est-à-dire le rythme auquel de la glace initialement ancrée sur le socle rocheux du continent se déverse dans l'océan, et donc le rythme auquel de nouvelles masses d'eau sont ajoutées à l'océan, contribuant ainsi à la remontée du niveau marin. Lorsque la profondeur d'eau devient suffisante, la poussée d'archimède compense le poids de la masse de glace qui devient flottante (à un endroit qu'on appelle la ligne d'ancrage). Ce processus modifie drastiquement le comportement mécanique de la glace, qui s'écoule beaucoup plus rapidement en raison de la disparition de la friction sur le socle rocheux, s'étire et se fracture partiellement sous forme de crevasses. La plateforme garde cependant globalement sa cohésion, en raison de la friction qui subsiste avec le littoral des baies, et surtout avec les îlots sous-marins qui existent sur la plateforme continentale (partie littorale immergée de la croûte continentale de faible profondeur, généralement inférieure à 500 mètres). De ce fait, la plateforme de glace flottante limite l'intensité de l'écoulement des glaces qui proviennent de la calotte en amont, exerçant un effet stabilisant sur celle-ci. Lorsque la plateforme, dans sa partie aval, perd le contact avec ces « points d'ancrage » (pinning point en anglais), les crevasses s'élargissent (notamment aussi sous l'effet des marées) et libèrent ainsi régulièrement des icebergs. Il s'agit d'un processus dynamique naturel qui ne nécessite pas de variations climatiques pour se produire.

Sensibilité potentielle au réchauffement du climat : Les désintégrations consécutives des parties plus septentrionales de la plateforme Larsen (le Larsen A en 1995 et le Larsen B en 2002) ont focalisé l'attention des scientifiques. Ces derniers ont pu mettre en évidence que la présence d'eau de fonte accrue en été à la surface de la plateforme, un résultat du réchauffement soutenu de la Péninsule Antarctique (+3 à +4°C ces quarante dernières années), catalysait la fragilisation de la plateforme en amont des points d'ancrage. Le processus d'hydrofracturation a notamment été mis en évidence. L'eau de fonte envahit les crevasses pré-existantes et les élargit progressivement, en raison de la densité de l'eau qui est supérieure à celle de la glace environnante. On met ainsi en place un vaste « jeu de dominos » formé de tranches de glace accolées les unes aux autres, qui s'écroulera en très peu de temps (quelques jours), dès qu'un vêlage important se produira au front de la plateforme.

Tout récemment, les chercheurs du Laboratoire de Glaciologie de l'ULB ont mis en évidence, sur cette même plateforme de glace flottante Larsen C, un autre effet potentiellement déstabilisant de la présence d'eau de fonte en surface. En effet, en l'absence locale de crevasses, l'eau de fonte s'accumule dans des lacs de surface qui s'infiltrent progressivement dans la neige et le névé plus froid (phase métamorphiques de transition entre la neige et la glace sous l'effet de la compaction liée au poids des couches sus-jacentes) et y regèlent sous forme de glace en profondeur. La formation de cette glace sur plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur et plusieurs kilomètres d'étendue, augmente la température interne de la plateforme (le gel de l'eau est une réaction exothermique). Or la fluidité de la glace augmente sensiblement avec la température, ce qui accélèrerait potentiellement son écoulement et diminuerait ainsi la résistance à l'écoulement en amont.

Jusqu'ici, la présence d'eau de fonte en surface a essentiellement été signalée dans la région de la Péninsule Antarctique. Cependant, une autre étude récente du Laboratoire de Glaciologie de l'ULB a montré la présence d'eau de fonte en grande quantité à la ligne d'ancrage de la plateforme Roi Baudoin sur la côte Princesse Ragnhild (à proximité de la base belge Princesse Elisabeth) suggérant que des processus qu'on pensait typiques de la Péninsule sont également présent ailleurs en Antarctique. Il est cependant encore trop tôt pour savoir s'il s'agit là d'une évolution récente dans ces régions.

Et maintenant ?: Plus que le devenir de l'iceberg A68, qui n'a affecté en rien le niveau marin par son détachement (puisque déjà flottant) et va inexorablement dériver vers le Nord de la Péninsule Antarctique pour être repris dans la circulation océanique globale circum-antarctique (et très probablement se fracturer), c'est le comportement des 90% restant de la plateforme Larsen et des courants de glace continentaux qui l'alimentent qui va monopoliser l'attention des glaciologues. La plateforme Larsen C va-t-elle se désintégrer aussi rapidement que le Larsen B en 2002 ? Cela va-t-il entraîner une accélération du débit vers l'océan des glaces continentales ancrées en amont ? Quelle en sera l'impact sur l'augmentation du niveau marin ?

Des Changements conséquents pour l'écosystème benthique : Outre son intérêt climatique potentiel, le vêlage de l'iceberg A68 entraînera des conséquences drastiques pour la faune benthique occupant les fonds marins à l'aplomb de la zone précédemment occupée par l'iceberg et sur sa trajectoire future. De tels événements représentent à la fois un défi et une opportunité pour les écosystèmes de l'océan Austral. Les habitats sous l'iceberg ont évolué dans l'obscurité totale, et vont maintenant être exposés à la lumière pour la première fois depuis une très longue période. Toute la chaîne alimentaire de cette région va être modifiée, par la libération d'algues microscopiques englacées qui supportent un écosystème très spécifique, incluant par exemple le krill et les mammifères marins. Les conséquences pour les organismes qui vivent sous le Larsen C sont inconnues, mais il y aura certainement des "gagnants" et des "perdants". Le vêlage d'icebergs peut par ailleurs provoquer des changements majeurs dans les courants océaniques et les conditions de glace, impactant eux aussi la structure et le fonctionnement des écosystèmes associés. Pour la communauté scientifique, cela représente une opportunité unique d'étudier les facteurs qui régissent ces écosystèmes dans l'Antarctique, pouvant mener à des évènements de mortalité massive chez les prédateurs et les oiseaux marins.

L'équipe du Laboratoire de Biologie Marine de l'ULB est au coeur de cette problématique, étant engagée dans les projets RECTO et vERSO avec 5 autres partenaires Belges et de nombreux collaborateurs internationaux, mais aussi dans d'autres initiatives déployées par le SCAR (Scientific Committee on Antarctic Research) ou encore la CCAMLR (la Convention pour la Conservation des Ressources Marines Vivantes).

Au cours du dernier rassemblement de la CCAMLR, les écosystèmes récemment exposés suite à la disparition de la banquise sont désormais protégés pour une durée déterminée (Time-limited special protection) pouvant aller jusqu'à 10 ans, ce qui sera vraisemblablement le cas de la zone libérée par l'iceberg. Les modèles s'intéressant au devenir du climat en Antarctique prédisent une augmentation de la fréquence de ce type d'événements dans les décennies à venir. En conséquence il est impératif que nous puissions comprendre l'impact de ce phénomène sur la biodiversité dans cette région. Et les membres du SCAR sont prêts à répondre à cette unique situation écologique.

Nouvelle étude sur le développement du cerveau

Jeudi l 13-07-2017

Le cortex cérébral est la structure la plus complexe du cerveau des mammifères et le siège principal des fonctions cognitives. Il est constitué d'une très grande diversité de cellules neuronales distinctes. Il présente une organisation complexe avec les différents types de neurones organisés radialement en couches superposées et, tangentiellement, en aires distinctes, impliquées dans des fonctions spécifiques (motrice, somatosensorielle, visuelle ou encore cognitive). Comment au cours du développement de l'embryon le cerveau se construit demeure encore aujourd'hui largement mystérieux. Une des questions clés dans le développement du cerveau concerne les mécanismes qui contrôlent l'équilibre entre l'autorenouvellement des progéniteurs neuraux et leur différenciation. Cet équilibre est essentiel pour la production en quantité appropriée des différents types de neurones, et donc pour un développement correct du cerveau.

Dans une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences du 27 juin, en combinant des approches de gain- et de perte-de-fonction dans des cellules corticales obtenues à partir de cellules souches embryonnaires, l'équipe du Dr. Meng Li de l'Institut de Neuroscience et de Santé Mentale de l'Université de Cardiff révèle l'importance du facteur de transcription Dmrt5/Dmrta2 dans le choix des cellules progénitrices du cortex à rester en prolifération ou à se différencier.

Le Laboratoire de Génétique du Développement (Eric Bellefroid, Biopark, Faculté des Sciences)étudie depuis plusieurs années chez la souris le rôle de ce facteur de transcription dans le développement du cortex cérébral. Les chercheurs avaient déjà démontré que ce facteur de transcription est un régulateur essentiel de la croissance et de la régionalisation du cortex cérébral mais son mode d'action était inconnu. En collaboration avec l' équipe de Cardiff, Marc Keruzore du Laboratoire de Génétique du Développement a étudié l'importance de Dmrt5 dans la maintenance des progéniteurs corticaux in vivo. Il a utilisé pour ce faire un modèle de souris où le gène Dmrt5 est invalidé de manière conditionnelle dans les progéniteurs corticaux à un certain moment de leur développement. De manière intéressante, il a observé que les progéniteurs du cortex des souris Dmrt5 mutantes se différenciaient prématurément en neurones, comme observé in vitro. Cette neurogenèse prématurée qui a lieu en l'absence de Dmrt5 serait due en partie à la réduction de l'expression d'un autre facteur de transcription, Hes1, un répresseur bien connu de la neurogenèse, qui serait régulé positivement et de manière directe par Dmrt5.

L'altération de la balance entre différenciation et renouvellement du stock de cellules progénitrices conduit à des pathologies sévères due à un déficit neuronal. Récemment, des mutations dans le gènes Dmrt5 ont été identifiées chez des patients atteints de microcéphalie. Cette étude fournit donc une première explication à la microcéphalie causée par la mutation de Dmrt5, chez la souris et l'homme.

The doublesex-related Dmrta2 safeguards neural progenitor maintenance involving transcriptional regulation of Hes1.
Young, Fraser FI; Keruzore, Marc; Nan, Xinsheng; Gennet, Nicole N; Bellefroid, Eric; Liu, Cindy Meng Hsin
Référence Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America

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Volcan et pollution de l'atmosphère

Vendredi l 30-06-2017

Les éruptions volcaniques ont un impact sur l'environnement: outre les coulées de lave, les panaches de fumée libèrent de nombreux composés chimiques dans l'atmosphère. Une équipe internationale de chercheurs s'est penchée sur l'éruption du volcan Bardarbunga, situé au centre de l'Islande. Lors de ses éruptions, ce volcan émet de grandes quantités de dioxyde de soufre (SO2) dans l'atmosphère (plus que les émissions annuelles des pays de l'Union Européenne). Plus particulièrement, les chercheurs se sont intéressés aux interactions entre les nuages et les aérosols formés à partir du SO2 issu du volcan.

Lieven Clarisse et Sophie Bauduin, chercheurs du Service de Chimie quantique et Photophysique de la Faculté des Sciences, sont impliqués dans cette étude publiée dans Nature. À partir des observations effectuées par le sondeur spatiale spatial infrarouge IASI, qui tourne autour de la Terre à bord du satellite MetOp, ils déterminent la composition de l'atmosphère en utilisant différentes méthodes d'inversion. Pour cette recherche, les quantités de SO2 émises par le volcan, ainsi que leur altitude, ont été mesurées en utilisant de puissants algorithmes de restitution. Ces données ont permis aux modélisateurs de prouver leur habilité à reproduire l'éruption et estimer ses conséquences sur le climat.

L'étude a permis de démontrer que le principal impact des aérosols sur les nuages est la réduction de la taille des gouttelettes d'eau qui les composent. Ce phénomène entraine une augmentation de la réflectivité des nuages et donc une diminution de la quantité de rayonnement solaire parvenant à la surface terrestre. Ce genre d'effet est important à quantifier notamment pour mieux comprendre et prévoir les changements climatiques actuels et futurs.

Strong constraints on aerosol–cloud interactions from volcanic eruptions

Malavelle, Florent; Haywood, Jim; Jones, Andy; Gettelman, Andrew; Clarisse, Lieven; Bauduin, Sophie ; Allan, Richard; Karset, Inger Helene; Kristjansson, J.E.; Oreopoulos, Lazaros; Cho, Nayeong; Lee, Dongmin; Bellouin, Nicolas; Boucher, Olivier; Grosvenor, Dan; Carslaw, Ken; Dhomse, Sandhip; Mann, Graham; Schmidt, Anja; Coe, Hugh; Hartley, Margaret; Dalvi, Mohit; Hill, Adrian; Johnson, Ben; Johnson, Colin; Knight, Jeff; O'Connor, Fiona; Partridge, Daniel G.; Stier, Philip; Myhre, Gunnar; Platnick, Steven; Stephens, Graeme; Takahashi, Hanii; Thordarson, Thorvaldur
Référence Nature (London), 546, (page 485-491)

Les barrages, pièges pour le carbone

Jeudi l 18-05-2017

Les réservoirs créés par la construction de barrages sur les rivières du monde entier pourraient avoir des effets importants sur le cycle global du carbone et sur le système climatique, effets jusqu'à présent ignorés. C'est la conclusion d'une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Waterloo (Canada) et de l'Université Libre de Bruxelles (R. Lauerwald et P. Regnier, unité de recherche Biogéochimie et Modélisation du Système Terre, Faculté des Sciences), publiée dans Nature Communications.

Il existe à l'heure actuelle plus de 70 000 grands barrages à travers le monde. De nouveaux barrages sont sans cesse construits, et à l'échelle planétaire, plus de 90 % de nos cours d'eau seront fragmentés par au moins un barrage d'ici 15 ans. Si l'effet des réservoirs individuels sur le cycle du carbone est relativement bien connu, l'impact global des milliers de réservoirs existants, en construction ou planifiés pour les décennies à venir, est encore très mal évalué.

Cette étude est la première à analyser comment la construction de barrages modifie les flux de carbone à l'échelle planétaire. Pour ce faire, une méthode basée sur des simulations « Monte-Carlo », combinant des fonctions de densité de probabilités pour l'ensemble des paramètres cinétiques caractérisant le cycle du carbone des réservoirs, a été mise au point. Cette approche permet de relier à des paramètres physiques simples, tels que le débit d'eau et la taille du réservoir, l'intensité de la production photosynthétique primaire (P), la décomposition du carbone organique produit in-situ ou dérivé des écosystèmes terrestres (R), le piégeage du carbone dans les sédiments et leur export vers le réseau fluvial. Une fois ces relations déterminées, le modèle a été appliqué à un ensemble de réservoirs (de géométrie et débit connu) distribués sur le réseau hydrographique mondial, et qui collectivement représentent plus de 70 % (en volume) des réservoirs créés par l'homme. Le modèle résultant est spatialement résolu et prend non seulement en compte le nombre et l'âge des réservoirs, mais également les changements d'apports en eau et en carbone continental ainsi que les variations de température au cours de la période 1970-2050.

Les résultats démontrent que les réservoirs filtrent des quantités importantes de carbone organique transporté des continents vers les océans par le réseau fluvial. Les simulations révèlent que l'évolution est fortement non-linéaire, et que la capacité de rétention devrait atteindre 20 % des apports de carbone continental à l'horizon 2030 (environ 2/3 par séquestration et 1/3 par décomposition). En conséquence, l'export de carbone organique vers l'océan devrait être réduit malgré l'augmentation des apports due aux activités humaines, modifiant ainsi de manière significative le « bilan carbone » de l'océan côtier. Les simulations mettent également en évidence que, si à l'échelle globale les réservoirs sont à l'heure actuelle net hétérotrophes (P/R <1), ils pourraient devenir net autotrophes (P/R > 1) durant la deuxième moitié du 21ème siècle et donc jouer un rôle de service écosystémique important en captant des quantités considérables de CO2 atmosphérique. Enfin, les résultats mettent en évidence que l'impact des réservoirs n'est pas homogène géographiquement : si par le passé des fleuves comme le Mississipi ou le Niger ont été profondément impactés par la construction de barrages, d'autres le seront au cours des années à venir. Par exemple, plus de 150 nouveaux barrages seront construits sur l'Amazone à l'horizon 2030, augmentant d'un facteur 40 environ la séquestration de carbone organique le long du réseau hydrographique du plus grand fleuve du monde.

Global perturbation of organic carbon cycling by river damming
Taylor Maavara, Ronny Lauerwald, Pierre Regnier & Philippe Van Cappellen
Nature Communications 8, Article number: 15347 (2017)

D'imposants reliefs découverts sous la calotte Antarctique

Mercredi l 10-05-2017

Les paysages de Scandinavie et d'Amérique du Nord sont marqués par d'anciens systèmes hydrologiques formés sous les calottes de glace qui recouvraient ces régions. Ces reliefs n'avaient jusqu'à aujourd'hui jamais été observés sous une calotte contemporaine, parce que la glace – épaisse de plusieurs kilomètres – rend leur observation très difficile.


Une équipe de scientifiques de l'Université libre de Bruxelles (ULB, Belgique) et de l'Académie bavaroise des sciences (Allemagne) ont découvert un système hydrologique actif de chenaux et de crêtes sédimentaires sous la calotte Antarctique. Leur étude, publiée en Nature Communications, montre que ces reliefs sous-glaciaires sont cinq fois plus grands que les vestiges observés actuellement dans les paysages déglacés de l'hémisphère nord. Les crêtes sédimentaires découvertes façonnent la glace sur des centaines de kilomètre en aval car elles amincissent la glace à la base de la calotte. Leur étude est importante pour la stabilité des plateformes de glace car, comme de nombreuses études l'ont montré, l'amincissement des plateformes de glaces affecte la stabilité de la calotte Antarctique.

Lorsqu'un système hydrologique se met en place à la base d'une calotte de glace, des chenaux sous-glaciaires se forment pour évacuer l'eau de fonte vers l'océan. La hauteur de ces chenaux s'élève général à quelques mètres. De nouvelles observations géophysiques menée par le laboratoire de glaciologie de l'ULB montrent que ces chenaux s'élargissent de plus en plus à l'approche de l'océan. Ils ont mis au point un nouveau modèle mathématique pour expliquer leur découverte : les chenaux s'élargissent parce que la pression de la glace qui les recouvre disparaît lorsque la glace se met à flotter sur l'océan.

Alors que ces chenaux s'élargissent de plus en plus, la vitesse d'écoulement de l'eau qu'ils contiennent diminue à son tour, forçant ainsi les sédiments en suspension à se déposer à la sortie des chenaux. Maintenu sur plusieurs milliers d'années, ce processus construit d'énormes crêtes sédimentaires – d'une hauteur comparable à la tour Eiffel – en dessous de la glace.
La sédimentation active dans les chenaux sous-glaciaires semble contrôler la formation des « Eskers » qui sont des crêtes sédimentaires, communément observées dans les paysages aujourd'hui déglacés. Les eskers que l'on observe de nos jours sont néanmoins 5 fois moins élevés que ceux qui viennent d'être découverts en Antarctique.

Des chenaux géants capables d'entailler la glace par en dessous

En évoluant, les crêtes sédimentaires entaillent la glace qui s'écoule par-dessus. Ces entailles se déplacent ensuite avec la glace et deviendront plus tard des «sillons» dans les plateformes de glace flottante. La glace au niveau de ces sillons est jusqu'à deux fois plus fine que dans ses alentours, rendant ceux-ci potentiellement très vulnérables à la fonte océanique.

Les chercheurs pensaient auparavant que les sillons de plateformes de glace étaient exclusivement creusés au contact de l'océan mais il semble désormais clair que d'autres facteurs rentrent en jeu.

« Notre étude montre que les sillons dans les plateformes de glace sont déjà initiés sur le continent, et que leur taille dépend fortement des processus de sédimentation qui ont lieu des centaines, voire des milliers d'années auparavant », explique Reinhard Drews, le principal auteur de l'étude.

Ce nouveau lien entre système hydrologique sous-glaciaire, sédimentation active et stabilité des plateformes de glace ouvre la voie à une nouvelle compréhension des mécanismes en jeu sous la calotte Antarctique; et nous aide également à mieux reconstituer l'étendue des calottes de l'hémisphère nord au cours des dernières périodes glaciaires.

Actively evolving subglacial conduits and eskers initiate ice shelf channels at an Antarctic grounding line

R. Drews, F. Pattyn, I. J. Hewitt, F. S. L. Ng, S. Berger, K. Matsuoka, V. Helm, N. Bergeot, L. Favier & N. Neckel

Mercredi l 16-08-2017
Prix Avanti pour Jean-Marie Ruysschaert

La Société Européenne de Biophysique a remis le prix Avanti au Professeur Jean-Marie Ruysschaert (Laboratoire de Structure et Fonction des Membranes Biologiques) lors de son congrès annuel qui s'est tenu à Edinburgh (16-20 Juillet) www.iupab2017.org/ .

Ce prix lui est attribué par sa contribution à la mise au point de nouveaux modèles d'étude des membranes biologiques qui permettent d'accéder à une description moléculaire de la structure et de la fonction des constituants de la membrane. La membrane biologique est un système trop complexe de par le nombre de composants qui la constituent (des centaines de lipides et de protéines de nature différentes) et le nombre de réactions biologiques qui s'y déroulent que pour permettre une telle analyse en tout cas avec les méthodes disponibles aujourd'hui.

L'utilisation de systèmes membranaires modèles de plus en plus sophistiqués mais pour lesquels l'expérimentateur choisit le nombre de constituants et donc le degré de complexité jointe au développement d'outils biophysiques de plus en plus performants laissent augurer d'avancées majeures dans notre compréhension des caractéristiques biologiques et structurales de la membrane biologique.

Jeudi l 13-07-2017
Les voitures de société en Belgique

La question des voitures de société est régulièrement au centre de l'actualité, malgré les nombreux désaccords à propos des concepts, définitions et chiffres utilisés. Dans le dernier numéro de Brussels Studies, Xavier May, chercheur à l'IGEAT (Faculté des Sciences), se penche sur cette question. À partir des données éparses disponibles, Xavier May et Thomas Ermans, collègue de l'Université Saint-Louis, ont voulu définir et quantifier le nombre de voitures de société circulant sur le sol belge, localiser leurs bénéficiaires et profiler les entreprises qui les offrent à leurs travailleurs.

Les chercheurs ont retenu ici une définition au sens strict de la voiture de société: une voiture mise à la disposition d'un travailleur par sa société ou son employeur et qui peut être utilisée pour des besoins privés. Le nombre de voitures de société varie entre 550 000 et 670 000 en 2015, selon que l'on inclue ou pas les dirigeants d'entreprises - ayant un statut d'indépendant et donc exclut de la définition stricte. Certains observateurs considérant que 2/3 des dirigeants disposent d'une voiture de société, on peut avancer, sur base de cette hypothèse plus prudente, le chiffre de 625 000 voitures de société, ce qui correspond à 13,5 % des travailleurs et 11 % du parc automobile belge.

Les voitures de société sont plus nombreuses en Flandre et à Bruxelles qu'en Wallonie, où le Brabant Wallon en compte le plus. En Région de Bruxelles-Capitale, les entreprises proposant cet avantage à leurs salariés appartiennent très majoritairement au secteur des entreprises de services et sont essentiellement localisées dans des zonings périphériques. Mais ce ne sont pas forcément leurs travailleurs qui parcourent les plus longues distances domicile-travail.

Lundi l 03-07-2017
WIELS: transformation d'un quartier populaire par la culture

Dans le nouveau numéro Brussels Studies, Simon Debersaques, géographe à l'IGEAT (Faculté des Sciences), se livre à une analyse approfondie de la relation entre un lieu culturel et son quartier, en prenant le WIELS comme exemple. Premier centre d'art contemporain bruxellois, le WIELS a ouvert ses portes en 2007 dans un quartier de la commune de Forest, caractérisé par un tissu urbain anciennement industriel et une précarité socio-économique.

L'analyse de Simon Debersaques montre que le WIELS est un lieu culturel hybride dont la relation au territoire a évolué. D'équipement-vitrine lors de sa conception, il s'oriente vers l'équipement communautaire durant ses premières années d'existence. Aujourd'hui, le WIELS s'affirmerait comme un équipement créatif. Ces logiques sociospatiales se superposent toutefois: en tant qu'équipement communautaire, il offre aux habitants du quartier de nouvelles activités socioartistiques, tandis que sa dimension de vitrine entraîne une revalorisation de l'image de cette portion de la ville. Un coup de projecteur qui attire dans la commune de nouveaux résidents plus aisés et de nouvelles activités parfois faiblement pourvoyeuses d'emplois pour les habitants actuels.

Comme beaucoup d'autres villes, Bruxelles mise sur la culture pour fonder son attractivité et le redéveloppement de ses anciens quartiers industriels. Le projet de conversion de l'ancien garage Citroën place de l'Yser en pôle culturel d'envergure internationale en est l'exemple le plus récent. L'étude sur le WIELS permet de prendre un peu de recul pour comprendre les logiques et les effets sociospatiaux du développement urbain par la culture.

Vendredi l 30-06-2017
Système toxine-antitoxine bactérien : comment bloquer l'initiation de la synthèse des protéines ?

Les systèmes toxine-antitoxine (TA) bactériens sont abondants dans les génomes bactériens et présentent des activités très diversifiées. Ces modules sont composés d'une protéine toxique inhibant les fonctions essentielles de la bactérie hôte et d'une protéine antidote, contrecarrant l'activité de la toxine. Dans certaines conditions environnementales stressantes, comme par exemple lors d'un traitement antibiotique, l'activité toxique de la toxine est libérée et inhibe la croissance de la bactérie hôte. Ces systèmes ont été impliqués dans la persistance, un phénomène permettant aux bactéries de tolérer et de survivre aux antibiotiques.

Nous avons caractérisé l'activité d'une nouvelle toxine, AtaT, provenant d'une souche d'Escherichia coli pathogène. AtaT présente une activité acétyl-transférase ayant la capacité de transférer un groupe acétyl sur sa cible à partir de l'acétyl-coenzymeA, une molécule du métabolisme abondante. La cible de cette toxine a été identifiée par les chercheurs: il s'agit de l'ARN de transfert initiateur, indispensable à l'initiation de la traduction des protéines. Chez les bactéries, cet ARN de transfert chargé par l'acide aminé méthionine subit une modification (formylation), qui permet le démarrage de la traduction. En présence de la toxine AtaT, l'acide aminé méthionine est acétylé et non formylé. Par une combinaison d'approches menées in vivo et in vitro, les chercheurs ont montré que l'acétylation de la méthionine chargée sur l'ARN initiateur empêche son interaction avec le ribosome et les facteurs d'initiation de la traduction, ce qui conduit à un blocage de l'étape d'initiation de la traduction.

Ce travail a révélé un nouveau mécanisme moléculaire permettant de bloquer la traduction et met en évidence le tRNA initiateur comme un cible de choix pour bloquer la croissance bactérienne.

Jurėnas D, Chatterjee S, Konijnenberg A, Sobott F, Droogmans L, Garcia-Pino A, Van Melderen L.

AtaT blocks translation initiation by N-acetylation of the initiator tRNAfMet

Nat Chem Biol. 2017 Apr 3. doi: 10.1038/nchembio.2346. [Epub ahead of print]

Mercredi l 07-06-2017
Exposition photo en plein air : Relations Plantes-Insectes

"1133 espèces d'insectes logent au Massart !", "Plus d'un tiers des coccinelles et libellules belges sont présentes au Jardin !", "20% des coléoptères et papillons de jour sur 5 hectares !"... Les entomologistes de l'Institut royal des Sciences naturelles de Bruxelles n'en reviennent pas. Le recensement des insectes qu'ils ont effectué au Jardin Massart ces trois dernières années est un succès: le Jardin Massart est un véritable "Hotspot" de biodiversité en insectes et ce aux portes de Bruxelles!

Pour fêter cette découverte, l'Université Libre de Bruxelles et l'Institut royal des Sciences naturelles s'associent pour un évènement entièrement libre d'accès durant tout le mois d'août 2017: Relations Plantes-Insectes - Une exposition photo de plein air PAR et POUR le public. Les clichés exposés à travers le Jardin seront l'œuvre d'une dizaine de photographes (amateurs ou non) qui sillonnent depuis plusieurs années le Jardin Massart. Chaque photo sera accompagnée d'un commentaire sur la relation plante-insecte mise à l'honneur.

Il y en aura pour tout le monde! Les plus jeunes pourront découvrir le monde fascinant des insectes et leurs relations avec les plantes à travers un livret de jeux distribué gratuitement. Les scientifiques, les passionnés ou simplement les curieux, pourront assouvir leur soif de connaissances sur l'entomologie au Jardin Massart dans le "Scientist's corner".

Pour ceux qui veulent aller plus loin, des visites guidées sur le sujet seront proposées chaque mercredi et chaque dimanche du mois d'août (3euros/personne). Par ailleurs, pour l'occasion, le Jardin Massart ouvrira ses portes tous les dimanches du mois d'août de 12h à 18h.

Plus d'informations sur les activités du Jardin Massart.