Trypanosome: les pouvoirs cachés de la famille APOLs

Mercredi l 20-09-2017

Le trypanosome est un parasite sanguin dont certaines sous-espèces provoquent la maladie du sommeil chez l'homme. L'homme est naturellement protégé contre la sous-espèce primitive de trypanosome appelée brucei, grâce à une protéine sérique appelée apolipoprotéine L1 (APOL1). Des versions de ce trypanosome, appelées rhodesiense et gambiense, ont évolué pour échapper à l'action neutralisante de l'APOL1.

Dans une publication dans la revue scientifique Nature Microbiology, Etienne Pays et son équipe (Laboratoire de Parasitologie moléculaire, Faculté des Sciences) ont étudié le potentiel des autres protéines de la famille APOL: ces protéines intracellulaires n'ayant jamais été au contact des trypanosomes, pourraient dès lors dévoiler une activité intéressante pour contrer le parasite.

Dans leur étude, les chercheurs montrent que la protéine recombinante rAPOL3 parvient à éliminer différentes espèces et sous-espèces de trypanosomes, notamment les pathogènes humains rhodesiense et gambiense. La protéine rPpAPOL1, une autre protéine de la même famille chez le babouin, partage partiellement ce pouvoir trypanolytique. Les chercheurs ont démontré que cette activité distincte de celle de l'APOL1 est liée à une dépendance différente au pH intracellulaire. En manipulant la dépendance au pH par mutations expérimentales, il s'est avéré possible d'altérer le potentiel trypanolytique des APOLs.

L'instabilité de l'APOL3 lorsqu'injectée dans le sang, jointe à la forte toxicité de cette protéine, ne permettent pas d'envisager son exploitation thérapeutique. En revanche, un mutant expérimental de rPrAPOL1 s'est révélé plus prometteur: il présente une activité trypanolytique plus élevée in vitro et est capable d'éradiquer complètement l'infection de T. gambiense chez la souris. Le mutant de rPpAPOL1 représente donc un outil thérapeutique possible pour lutter contre la maladie du sommeil.

APOLs with low pH dependence can kill all African trypanosomes Fontaine, Frédéric ; Lecordier, Laurence ; Vanwalleghem, Gilles ; Uzureau, Pierrick ; Van Reet, Nick N.; Fontaine, Martina; Tebabi, Patricia ; Vanhollebeke, Benoît ; Büscher, Philippe; Perez-Morga, David ; Pays, Etienne
Référence Nature Microbiology

Faster, but not forever

Mardi l 19-09-2017

Molecules do move. Either rotating around themselves or jumping from a place to another, the position of molecules can be tracked over time in experiments of molecular dynamics. While most of those movements can be easily pictured in our mind by imagining the motions of bigger objects displacing in front of our eyes, certain types of molecular motions are far from being that intuitive.

Some molecules, for examples, can move faster in proximity of sticky interfaces, where, on the contrary, we would expect slower dynamics. This is one of the most intriguing phenomena observed when restricting soft materials –as biomolecules, polymers and liquid crystals– at the nanoscale level. We unveiled the origin of this unusual 'effect of nanoconfinement' a few years ago. We showed that, while the molecules directly sticking onto a wall do move slower – or are even immobilized – those molecules sitting immediately after shows faster dynamics. This occurs because this second group of molecules cannot pack very well and have more space around them.

Now, writing in Physical Review Letters, we show that the enhanced mobility experienced by polymer molecules in proximity of adsorbing walls –e.g. a thin plastics coating deposited on a silicon wafer– is, actually, a temporary condition. After waiting long enough, nanoconfined molecules eventually move as if they were far away from interfaces. We have thus demonstrated that the effect of nanoconfinement is related to a nonequilibrium state, and will thus vanish after long observation time.

Unexpectedly, the time necessary to fully erase this effect is much longer than the longest time predicted by any current theory of polymer physics. Our results challenge current theoretical work and simulations treating thin polymer films as systems at equilibrium.

The effect of nanoconfinement at the origin of the faster molecular motion gets reduced over time, as new molecules come towards the sticky wall and fill up the unoccupied space. Remarkably, this process can be a billion times slower than molecular motion itself. Because this transformation which permits occurs very slowly, we predict that it will be possible to finely tune properties of nanomaterials by carefully choosing the amount of free space around interfacial molecules.

Irreversible Adsorption Governs the Equilibration of Thin Polymer Films
Panagopoulou, Anna ; Napolitano, Simone
Référence Physical review letters, 119

Volcan et pollution de l'atmosphère

Vendredi l 30-06-2017

Les éruptions volcaniques ont un impact sur l'environnement: outre les coulées de lave, les panaches de fumée libèrent de nombreux composés chimiques dans l'atmosphère. Une équipe internationale de chercheurs s'est penchée sur l'éruption du volcan Bardarbunga, situé au centre de l'Islande. Lors de ses éruptions, ce volcan émet de grandes quantités de dioxyde de soufre (SO2) dans l'atmosphère (plus que les émissions annuelles des pays de l'Union Européenne). Plus particulièrement, les chercheurs se sont intéressés aux interactions entre les nuages et les aérosols formés à partir du SO2 issu du volcan.

Lieven Clarisse et Sophie Bauduin, chercheurs du Service de Chimie quantique et Photophysique de la Faculté des Sciences, sont impliqués dans cette étude publiée dans Nature. À partir des observations effectuées par le sondeur spatiale spatial infrarouge IASI, qui tourne autour de la Terre à bord du satellite MetOp, ils déterminent la composition de l'atmosphère en utilisant différentes méthodes d'inversion. Pour cette recherche, les quantités de SO2 émises par le volcan, ainsi que leur altitude, ont été mesurées en utilisant de puissants algorithmes de restitution. Ces données ont permis aux modélisateurs de prouver leur habilité à reproduire l'éruption et estimer ses conséquences sur le climat.

L'étude a permis de démontrer que le principal impact des aérosols sur les nuages est la réduction de la taille des gouttelettes d'eau qui les composent. Ce phénomène entraine une augmentation de la réflectivité des nuages et donc une diminution de la quantité de rayonnement solaire parvenant à la surface terrestre. Ce genre d'effet est important à quantifier notamment pour mieux comprendre et prévoir les changements climatiques actuels et futurs.

Strong constraints on aerosol–cloud interactions from volcanic eruptions

Malavelle, Florent; Haywood, Jim; Jones, Andy; Gettelman, Andrew; Clarisse, Lieven; Bauduin, Sophie ; Allan, Richard; Karset, Inger Helene; Kristjansson, J.E.; Oreopoulos, Lazaros; Cho, Nayeong; Lee, Dongmin; Bellouin, Nicolas; Boucher, Olivier; Grosvenor, Dan; Carslaw, Ken; Dhomse, Sandhip; Mann, Graham; Schmidt, Anja; Coe, Hugh; Hartley, Margaret; Dalvi, Mohit; Hill, Adrian; Johnson, Ben; Johnson, Colin; Knight, Jeff; O'Connor, Fiona; Partridge, Daniel G.; Stier, Philip; Myhre, Gunnar; Platnick, Steven; Stephens, Graeme; Takahashi, Hanii; Thordarson, Thorvaldur
Référence Nature (London), 546, (page 485-491)

Les barrages, pièges pour le carbone

Jeudi l 18-05-2017

Les réservoirs créés par la construction de barrages sur les rivières du monde entier pourraient avoir des effets importants sur le cycle global du carbone et sur le système climatique, effets jusqu'à présent ignorés. C'est la conclusion d'une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Waterloo (Canada) et de l'Université Libre de Bruxelles (R. Lauerwald et P. Regnier, unité de recherche Biogéochimie et Modélisation du Système Terre, Faculté des Sciences), publiée dans Nature Communications.

Il existe à l'heure actuelle plus de 70 000 grands barrages à travers le monde. De nouveaux barrages sont sans cesse construits, et à l'échelle planétaire, plus de 90 % de nos cours d'eau seront fragmentés par au moins un barrage d'ici 15 ans. Si l'effet des réservoirs individuels sur le cycle du carbone est relativement bien connu, l'impact global des milliers de réservoirs existants, en construction ou planifiés pour les décennies à venir, est encore très mal évalué.

Cette étude est la première à analyser comment la construction de barrages modifie les flux de carbone à l'échelle planétaire. Pour ce faire, une méthode basée sur des simulations « Monte-Carlo », combinant des fonctions de densité de probabilités pour l'ensemble des paramètres cinétiques caractérisant le cycle du carbone des réservoirs, a été mise au point. Cette approche permet de relier à des paramètres physiques simples, tels que le débit d'eau et la taille du réservoir, l'intensité de la production photosynthétique primaire (P), la décomposition du carbone organique produit in-situ ou dérivé des écosystèmes terrestres (R), le piégeage du carbone dans les sédiments et leur export vers le réseau fluvial. Une fois ces relations déterminées, le modèle a été appliqué à un ensemble de réservoirs (de géométrie et débit connu) distribués sur le réseau hydrographique mondial, et qui collectivement représentent plus de 70 % (en volume) des réservoirs créés par l'homme. Le modèle résultant est spatialement résolu et prend non seulement en compte le nombre et l'âge des réservoirs, mais également les changements d'apports en eau et en carbone continental ainsi que les variations de température au cours de la période 1970-2050.

Les résultats démontrent que les réservoirs filtrent des quantités importantes de carbone organique transporté des continents vers les océans par le réseau fluvial. Les simulations révèlent que l'évolution est fortement non-linéaire, et que la capacité de rétention devrait atteindre 20 % des apports de carbone continental à l'horizon 2030 (environ 2/3 par séquestration et 1/3 par décomposition). En conséquence, l'export de carbone organique vers l'océan devrait être réduit malgré l'augmentation des apports due aux activités humaines, modifiant ainsi de manière significative le « bilan carbone » de l'océan côtier. Les simulations mettent également en évidence que, si à l'échelle globale les réservoirs sont à l'heure actuelle net hétérotrophes (P/R <1), ils pourraient devenir net autotrophes (P/R > 1) durant la deuxième moitié du 21ème siècle et donc jouer un rôle de service écosystémique important en captant des quantités considérables de CO2 atmosphérique. Enfin, les résultats mettent en évidence que l'impact des réservoirs n'est pas homogène géographiquement : si par le passé des fleuves comme le Mississipi ou le Niger ont été profondément impactés par la construction de barrages, d'autres le seront au cours des années à venir. Par exemple, plus de 150 nouveaux barrages seront construits sur l'Amazone à l'horizon 2030, augmentant d'un facteur 40 environ la séquestration de carbone organique le long du réseau hydrographique du plus grand fleuve du monde.

Global perturbation of organic carbon cycling by river damming
Taylor Maavara, Ronny Lauerwald, Pierre Regnier & Philippe Van Cappellen
Nature Communications 8, Article number: 15347 (2017)

Jeudi l 21-09-2017
Film screening Food Evolution and debate

La VUB, en collaboration avec l'ULB et l'UG organise le 27 septembre la projection du film Food Evolution suivie d'un débat sur les bénéfices et inquiétudes liées à l'utilisation des biotechnologies modernes en agriculture.

Trailer:

www.foodevolutionmovie.com/

Program:

17.30: Welcome and opening - Building Q - aula Qc

17.40: "Food Evolution"

18.45: Debate

20.00: Closure and reception

Informations sur www.vub.ac.be/events/2017

AfficheFoodEvolution.jpg

Jeudi l 21-09-2017
Bourses de 3e cycle Fondation Wiener - Anspach

La Fondation Wiener - Anspach attribue des bourses de 3e cycle à des étudiants de l'ULB voulant entreprendre une année d'études ou de recherche doctorale à l'Université d'Oxford ou de Cambridge. Les bourses, dont le montant est de £ 4,500 par Term, sont ouvertes à toutes les disciplines.

Pour poser sa candidature, il faut être titulaire au plus tard en septembre 2018 du diplôme de second cycle (Master 120 ECTS) de l'ULB avec au minimum une Grande Distinction ou être inscrit en thèse à l'ULB.

Les étudiants actuellement inscrits en MA2 peuvent poser leur candidature à une bourse d'étude pour l'année académique 2018-2019.

POUR PLUS D'INFORMATIONS

Visitez notre site : fwa.ulb.ac.be

Contactez le secrétariat :

Nicole BOSMANS ULB - Campus du Solbosch - Bâtiment P2 - Local P2.2.116 tél. : 02 650 27 16

Lundi, mercredi, vendredi de 9h à 12h ; mardi et jeudi de 14h à 17h.

E-mail : fwa@ulb.ac.be

CLÔTURE DES CANDIDATURES

Le vendredi 1er décembre 2017 à midi.

La Fondation attribue également des subsides postdoctoraux. Le prochain appel à candidatures sera lancé le 15 décembre 2017.

Mardi l 19-09-2017
L'iceberg A68 part à la dérive : petite clé de lecture glaciologique et biologique

Ce Mercredi 12 Juillet, l'iceberg A68 s'est détaché de la plateforme de glace flottante (ice shelf, en anglais) Larsen C, à grand renfort de support médiatique !... Il faut dire qu'on attendait cet évènement depuis longtemps, avec un suivi rapproché depuis 2009, rendu possible par des outils satellitaires de plus en plus performants. Impressionnant par sa taille (5800 km2 de superficie, 350 m d'épaisseur) cet iceberg tabulaire figure parmi les records d'observation aujourd'hui. Une occasion de proposer une petite « clé de lecture » sur l'importance et l'intérêt de ce phénomène.

Iceberg et Banquise...ne pas confondre !... un iceberg est donc une importante masse de glace météorique (souvent de quelques centaines de mètres d'épaisseur) qui se détache du continent Antarctique. Par glace météorique, on entend ici une glace formée par l'accumulation de précipitations de neige (d'où le terme météorique) à la surface d'un glacier ou d'une calotte glaciaire, l'Antarctique dans ce cas-ci. La banquise, au contraire, résulte de la congélation de l'eau de mer chaque hiver. Elle n'est épaisse que de 60 cm en moyenne en Antarctique, mais peut s'épaissir sur quelques mètres par l'ajout de neige en surface, où par l'empilement dynamique lié aux courants marins. Contrairement aux glaces météoriques, la banquise est généralement saline (6 à 12 grammes de sel par kilo de glace), mais d'une salinité moindre que l'eau océanique (34 à 35 grammes de sel par kilo de glace).

Iceberg et Plateforme de glace flottante (ice shelf) : Un iceberg se détache généralement d'une masse de glace plus conséquente (processus qu'on appelle le vêlage), qui résulte de la mise en flottaison, sous l'effet de la poussée d'archimède, de courants de glace qui s'écoulent de l'intérieur d'une calotte glaciaire, sous l'effet de leur propre poids, et forment ainsi une plateforme de glace flottante.

Fonctionnement d'une plateforme de glace flottante et Intérêt climatique : Les plateformes de glace flottantes sont les « robinets » qui contrôlent l'écoulement des calottes glaciaires vers l'océan, c'est-à-dire le rythme auquel de la glace initialement ancrée sur le socle rocheux du continent se déverse dans l'océan, et donc le rythme auquel de nouvelles masses d'eau sont ajoutées à l'océan, contribuant ainsi à la remontée du niveau marin. Lorsque la profondeur d'eau devient suffisante, la poussée d'archimède compense le poids de la masse de glace qui devient flottante (à un endroit qu'on appelle la ligne d'ancrage). Ce processus modifie drastiquement le comportement mécanique de la glace, qui s'écoule beaucoup plus rapidement en raison de la disparition de la friction sur le socle rocheux, s'étire et se fracture partiellement sous forme de crevasses. La plateforme garde cependant globalement sa cohésion, en raison de la friction qui subsiste avec le littoral des baies, et surtout avec les îlots sous-marins qui existent sur la plateforme continentale (partie littorale immergée de la croûte continentale de faible profondeur, généralement inférieure à 500 mètres). De ce fait, la plateforme de glace flottante limite l'intensité de l'écoulement des glaces qui proviennent de la calotte en amont, exerçant un effet stabilisant sur celle-ci. Lorsque la plateforme, dans sa partie aval, perd le contact avec ces « points d'ancrage » (pinning point en anglais), les crevasses s'élargissent (notamment aussi sous l'effet des marées) et libèrent ainsi régulièrement des icebergs. Il s'agit d'un processus dynamique naturel qui ne nécessite pas de variations climatiques pour se produire.

Sensibilité potentielle au réchauffement du climat : Les désintégrations consécutives des parties plus septentrionales de la plateforme Larsen (le Larsen A en 1995 et le Larsen B en 2002) ont focalisé l'attention des scientifiques. Ces derniers ont pu mettre en évidence que la présence d'eau de fonte accrue en été à la surface de la plateforme, un résultat du réchauffement soutenu de la Péninsule Antarctique (+3 à +4°C ces quarante dernières années), catalysait la fragilisation de la plateforme en amont des points d'ancrage. Le processus d'hydrofracturation a notamment été mis en évidence. L'eau de fonte envahit les crevasses pré-existantes et les élargit progressivement, en raison de la densité de l'eau qui est supérieure à celle de la glace environnante. On met ainsi en place un vaste « jeu de dominos » formé de tranches de glace accolées les unes aux autres, qui s'écroulera en très peu de temps (quelques jours), dès qu'un vêlage important se produira au front de la plateforme.

Tout récemment, les chercheurs du Laboratoire de Glaciologie de l'ULB ont mis en évidence, sur cette même plateforme de glace flottante Larsen C, un autre effet potentiellement déstabilisant de la présence d'eau de fonte en surface. En effet, en l'absence locale de crevasses, l'eau de fonte s'accumule dans des lacs de surface qui s'infiltrent progressivement dans la neige et le névé plus froid (phase métamorphiques de transition entre la neige et la glace sous l'effet de la compaction liée au poids des couches sus-jacentes) et y regèlent sous forme de glace en profondeur. La formation de cette glace sur plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur et plusieurs kilomètres d'étendue, augmente la température interne de la plateforme (le gel de l'eau est une réaction exothermique). Or la fluidité de la glace augmente sensiblement avec la température, ce qui accélèrerait potentiellement son écoulement et diminuerait ainsi la résistance à l'écoulement en amont.

Jusqu'ici, la présence d'eau de fonte en surface a essentiellement été signalée dans la région de la Péninsule Antarctique. Cependant, une autre étude récente du Laboratoire de Glaciologie de l'ULB a montré la présence d'eau de fonte en grande quantité à la ligne d'ancrage de la plateforme Roi Baudoin sur la côte Princesse Ragnhild (à proximité de la base belge Princesse Elisabeth) suggérant que des processus qu'on pensait typiques de la Péninsule sont également présent ailleurs en Antarctique. Il est cependant encore trop tôt pour savoir s'il s'agit là d'une évolution récente dans ces régions.

Et maintenant ?: Plus que le devenir de l'iceberg A68, qui n'a affecté en rien le niveau marin par son détachement (puisque déjà flottant) et va inexorablement dériver vers le Nord de la Péninsule Antarctique pour être repris dans la circulation océanique globale circum-antarctique (et très probablement se fracturer), c'est le comportement des 90% restant de la plateforme Larsen et des courants de glace continentaux qui l'alimentent qui va monopoliser l'attention des glaciologues. La plateforme Larsen C va-t-elle se désintégrer aussi rapidement que le Larsen B en 2002 ? Cela va-t-il entraîner une accélération du débit vers l'océan des glaces continentales ancrées en amont ? Quelle en sera l'impact sur l'augmentation du niveau marin ?

Des Changements conséquents pour l'écosystème benthique : Outre son intérêt climatique potentiel, le vêlage de l'iceberg A68 entraînera des conséquences drastiques pour la faune benthique occupant les fonds marins à l'aplomb de la zone précédemment occupée par l'iceberg et sur sa trajectoire future. De tels événements représentent à la fois un défi et une opportunité pour les écosystèmes de l'océan Austral. Les habitats sous l'iceberg ont évolué dans l'obscurité totale, et vont maintenant être exposés à la lumière pour la première fois depuis une très longue période. Toute la chaîne alimentaire de cette région va être modifiée, par la libération d'algues microscopiques englacées qui supportent un écosystème très spécifique, incluant par exemple le krill et les mammifères marins. Les conséquences pour les organismes qui vivent sous le Larsen C sont inconnues, mais il y aura certainement des "gagnants" et des "perdants". Le vêlage d'icebergs peut par ailleurs provoquer des changements majeurs dans les courants océaniques et les conditions de glace, impactant eux aussi la structure et le fonctionnement des écosystèmes associés. Pour la communauté scientifique, cela représente une opportunité unique d'étudier les facteurs qui régissent ces écosystèmes dans l'Antarctique, pouvant mener à des évènements de mortalité massive chez les prédateurs et les oiseaux marins.

L'équipe du Laboratoire de Biologie Marine de l'ULB est au coeur de cette problématique, étant engagée dans les projets RECTO et vERSO avec 5 autres partenaires Belges et de nombreux collaborateurs internationaux, mais aussi dans d'autres initiatives déployées par le SCAR (Scientific Committee on Antarctic Research) ou encore la CCAMLR (la Convention pour la Conservation des Ressources Marines Vivantes).

Au cours du dernier rassemblement de la CCAMLR, les écosystèmes récemment exposés suite à la disparition de la banquise sont désormais protégés pour une durée déterminée (Time-limited special protection) pouvant aller jusqu'à 10 ans, ce qui sera vraisemblablement le cas de la zone libérée par l'iceberg. Les modèles s'intéressant au devenir du climat en Antarctique prédisent une augmentation de la fréquence de ce type d'événements dans les décennies à venir. En conséquence il est impératif que nous puissions comprendre l'impact de ce phénomène sur la biodiversité dans cette région. Et les membres du SCAR sont prêts à répondre à cette unique situation écologique.

Mercredi l 16-08-2017
Prix Avanti pour Jean-Marie Ruysschaert

La Société Européenne de Biophysique a remis le prix Avanti au Professeur Jean-Marie Ruysschaert (Laboratoire de Structure et Fonction des Membranes Biologiques) lors de son congrès annuel qui s'est tenu à Edinburgh (16-20 Juillet) www.iupab2017.org/ .

Ce prix lui est attribué par sa contribution à la mise au point de nouveaux modèles d'étude des membranes biologiques qui permettent d'accéder à une description moléculaire de la structure et de la fonction des constituants de la membrane. La membrane biologique est un système trop complexe de par le nombre de composants qui la constituent (des centaines de lipides et de protéines de nature différentes) et le nombre de réactions biologiques qui s'y déroulent que pour permettre une telle analyse en tout cas avec les méthodes disponibles aujourd'hui.

L'utilisation de systèmes membranaires modèles de plus en plus sophistiqués mais pour lesquels l'expérimentateur choisit le nombre de constituants et donc le degré de complexité jointe au développement d'outils biophysiques de plus en plus performants laissent augurer d'avancées majeures dans notre compréhension des caractéristiques biologiques et structurales de la membrane biologique.

Jeudi l 13-07-2017
Nouvelle étude sur le développement du cerveau

Le cortex cérébral est la structure la plus complexe du cerveau des mammifères et le siège principal des fonctions cognitives. Il est constitué d'une très grande diversité de cellules neuronales distinctes. Il présente une organisation complexe avec les différents types de neurones organisés radialement en couches superposées et, tangentiellement, en aires distinctes, impliquées dans des fonctions spécifiques (motrice, somatosensorielle, visuelle ou encore cognitive). Comment au cours du développement de l'embryon le cerveau se construit demeure encore aujourd'hui largement mystérieux. Une des questions clés dans le développement du cerveau concerne les mécanismes qui contrôlent l'équilibre entre l'autorenouvellement des progéniteurs neuraux et leur différenciation. Cet équilibre est essentiel pour la production en quantité appropriée des différents types de neurones, et donc pour un développement correct du cerveau.

Dans une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences du 27 juin, en combinant des approches de gain- et de perte-de-fonction dans des cellules corticales obtenues à partir de cellules souches embryonnaires, l'équipe du Dr. Meng Li de l'Institut de Neuroscience et de Santé Mentale de l'Université de Cardiff révèle l'importance du facteur de transcription Dmrt5/Dmrta2 dans le choix des cellules progénitrices du cortex à rester en prolifération ou à se différencier.

Le Laboratoire de Génétique du Développement (Eric Bellefroid, Biopark, Faculté des Sciences)étudie depuis plusieurs années chez la souris le rôle de ce facteur de transcription dans le développement du cortex cérébral. Les chercheurs avaient déjà démontré que ce facteur de transcription est un régulateur essentiel de la croissance et de la régionalisation du cortex cérébral mais son mode d'action était inconnu. En collaboration avec l' équipe de Cardiff, Marc Keruzore du Laboratoire de Génétique du Développement a étudié l'importance de Dmrt5 dans la maintenance des progéniteurs corticaux in vivo. Il a utilisé pour ce faire un modèle de souris où le gène Dmrt5 est invalidé de manière conditionnelle dans les progéniteurs corticaux à un certain moment de leur développement. De manière intéressante, il a observé que les progéniteurs du cortex des souris Dmrt5 mutantes se différenciaient prématurément en neurones, comme observé in vitro. Cette neurogenèse prématurée qui a lieu en l'absence de Dmrt5 serait due en partie à la réduction de l'expression d'un autre facteur de transcription, Hes1, un répresseur bien connu de la neurogenèse, qui serait régulé positivement et de manière directe par Dmrt5.

L'altération de la balance entre différenciation et renouvellement du stock de cellules progénitrices conduit à des pathologies sévères due à un déficit neuronal. Récemment, des mutations dans le gènes Dmrt5 ont été identifiées chez des patients atteints de microcéphalie. Cette étude fournit donc une première explication à la microcéphalie causée par la mutation de Dmrt5, chez la souris et l'homme.

The doublesex-related Dmrta2 safeguards neural progenitor maintenance involving transcriptional regulation of Hes1.
Young, Fraser FI; Keruzore, Marc; Nan, Xinsheng; Gennet, Nicole N; Bellefroid, Eric; Liu, Cindy Meng Hsin
Référence Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America

Pre?sentation6.pdf