Jeudi l 13-07-2017
Nouvelle étude sur le développement du cerveau

Le cortex cérébral est la structure la plus complexe du cerveau des mammifères et le siège principal des fonctions cognitives. Il est constitué d'une très grande diversité de cellules neuronales distinctes. Il présente une organisation complexe avec les différents types de neurones organisés radialement en couches superposées et, tangentiellement, en aires distinctes, impliquées dans des fonctions spécifiques (motrice, somatosensorielle, visuelle ou encore cognitive). Comment au cours du développement de l'embryon le cerveau se construit demeure encore aujourd'hui largement mystérieux. Une des questions clés dans le développement du cerveau concerne les mécanismes qui contrôlent l'équilibre entre l'autorenouvellement des progéniteurs neuraux et leur différenciation. Cet équilibre est essentiel pour la production en quantité appropriée des différents types de neurones, et donc pour un développement correct du cerveau.

Dans une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences du 27 juin, en combinant des approches de gain- et de perte-de-fonction dans des cellules corticales obtenues à partir de cellules souches embryonnaires, l'équipe du Dr. Meng Li de l'Institut de Neuroscience et de Santé Mentale de l'Université de Cardiff révèle l'importance du facteur de transcription Dmrt5/Dmrta2 dans le choix des cellules progénitrices du cortex à rester en prolifération ou à se différencier.

Le Laboratoire de Génétique du Développement (Eric Bellefroid, Biopark, Faculté des Sciences)étudie depuis plusieurs années chez la souris le rôle de ce facteur de transcription dans le développement du cortex cérébral. Les chercheurs avaient déjà démontré que ce facteur de transcription est un régulateur essentiel de la croissance et de la régionalisation du cortex cérébral mais son mode d'action était inconnu. En collaboration avec l' équipe de Cardiff, Marc Keruzore du Laboratoire de Génétique du Développement a étudié l'importance de Dmrt5 dans la maintenance des progéniteurs corticaux in vivo. Il a utilisé pour ce faire un modèle de souris où le gène Dmrt5 est invalidé de manière conditionnelle dans les progéniteurs corticaux à un certain moment de leur développement. De manière intéressante, il a observé que les progéniteurs du cortex des souris Dmrt5 mutantes se différenciaient prématurément en neurones, comme observé in vitro. Cette neurogenèse prématurée qui a lieu en l'absence de Dmrt5 serait due en partie à la réduction de l'expression d'un autre facteur de transcription, Hes1, un répresseur bien connu de la neurogenèse, qui serait régulé positivement et de manière directe par Dmrt5.

L'altération de la balance entre différenciation et renouvellement du stock de cellules progénitrices conduit à des pathologies sévères due à un déficit neuronal. Récemment, des mutations dans le gènes Dmrt5 ont été identifiées chez des patients atteints de microcéphalie. Cette étude fournit donc une première explication à la microcéphalie causée par la mutation de Dmrt5, chez la souris et l'homme.

The doublesex-related Dmrta2 safeguards neural progenitor maintenance involving transcriptional regulation of Hes1.
Young, Fraser FI; Keruzore, Marc; Nan, Xinsheng; Gennet, Nicole N; Bellefroid, Eric; Liu, Cindy Meng Hsin
Référence Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America

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Jeudi l 13-07-2017
Les voitures de société en Belgique

La question des voitures de société est régulièrement au centre de l'actualité, malgré les nombreux désaccords à propos des concepts, définitions et chiffres utilisés. Dans le dernier numéro de Brussels Studies, Xavier May, chercheur à l'IGEAT (Faculté des Sciences), se penche sur cette question. À partir des données éparses disponibles, Xavier May et Thomas Ermans, collègue de l'Université Saint-Louis, ont voulu définir et quantifier le nombre de voitures de société circulant sur le sol belge, localiser leurs bénéficiaires et profiler les entreprises qui les offrent à leurs travailleurs.

Les chercheurs ont retenu ici une définition au sens strict de la voiture de société: une voiture mise à la disposition d'un travailleur par sa société ou son employeur et qui peut être utilisée pour des besoins privés. Le nombre de voitures de société varie entre 550 000 et 670 000 en 2015, selon que l'on inclue ou pas les dirigeants d'entreprises - ayant un statut d'indépendant et donc exclut de la définition stricte. Certains observateurs considérant que 2/3 des dirigeants disposent d'une voiture de société, on peut avancer, sur base de cette hypothèse plus prudente, le chiffre de 625 000 voitures de société, ce qui correspond à 13,5 % des travailleurs et 11 % du parc automobile belge.

Les voitures de société sont plus nombreuses en Flandre et à Bruxelles qu'en Wallonie, où le Brabant Wallon en compte le plus. En Région de Bruxelles-Capitale, les entreprises proposant cet avantage à leurs salariés appartiennent très majoritairement au secteur des entreprises de services et sont essentiellement localisées dans des zonings périphériques. Mais ce ne sont pas forcément leurs travailleurs qui parcourent les plus longues distances domicile-travail.

Lundi l 03-07-2017
WIELS: transformation d'un quartier populaire par la culture

Dans le nouveau numéro Brussels Studies, Simon Debersaques, géographe à l'IGEAT (Faculté des Sciences), se livre à une analyse approfondie de la relation entre un lieu culturel et son quartier, en prenant le WIELS comme exemple. Premier centre d'art contemporain bruxellois, le WIELS a ouvert ses portes en 2007 dans un quartier de la commune de Forest, caractérisé par un tissu urbain anciennement industriel et une précarité socio-économique.

L'analyse de Simon Debersaques montre que le WIELS est un lieu culturel hybride dont la relation au territoire a évolué. D'équipement-vitrine lors de sa conception, il s'oriente vers l'équipement communautaire durant ses premières années d'existence. Aujourd'hui, le WIELS s'affirmerait comme un équipement créatif. Ces logiques sociospatiales se superposent toutefois: en tant qu'équipement communautaire, il offre aux habitants du quartier de nouvelles activités socioartistiques, tandis que sa dimension de vitrine entraîne une revalorisation de l'image de cette portion de la ville. Un coup de projecteur qui attire dans la commune de nouveaux résidents plus aisés et de nouvelles activités parfois faiblement pourvoyeuses d'emplois pour les habitants actuels.

Comme beaucoup d'autres villes, Bruxelles mise sur la culture pour fonder son attractivité et le redéveloppement de ses anciens quartiers industriels. Le projet de conversion de l'ancien garage Citroën place de l'Yser en pôle culturel d'envergure internationale en est l'exemple le plus récent. L'étude sur le WIELS permet de prendre un peu de recul pour comprendre les logiques et les effets sociospatiaux du développement urbain par la culture.

Vendredi l 30-06-2017
Volcan et pollution de l'atmosphère

Les éruptions volcaniques ont un impact sur l'environnement: outre les coulées de lave, les panaches de fumée libèrent de nombreux composés chimiques dans l'atmosphère. Une équipe internationale de chercheurs s'est penchée sur l'éruption du volcan Bardarbunga, situé au centre de l'Islande. Lors de ses éruptions, ce volcan émet de grandes quantités de dioxyde de soufre (SO2) dans l'atmosphère (plus que les émissions annuelles des pays de l'Union Européenne). Plus particulièrement, les chercheurs se sont intéressés aux interactions entre les nuages et les aérosols formés à partir du SO2 issu du volcan.

Lieven Clarisse et Sophie Bauduin, chercheurs du Service de Chimie quantique et Photophysique de la Faculté des Sciences, sont impliqués dans cette étude publiée dans Nature. À partir des observations effectuées par le sondeur spatiale spatial infrarouge IASI, qui tourne autour de la Terre à bord du satellite MetOp, ils déterminent la composition de l'atmosphère en utilisant différentes méthodes d'inversion. Pour cette recherche, les quantités de SO2 émises par le volcan, ainsi que leur altitude, ont été mesurées en utilisant de puissants algorithmes de restitution. Ces données ont permis aux modélisateurs de prouver leur habilité à reproduire l'éruption et estimer ses conséquences sur le climat.

L'étude a permis de démontrer que le principal impact des aérosols sur les nuages est la réduction de la taille des gouttelettes d'eau qui les composent. Ce phénomène entraine une augmentation de la réflectivité des nuages et donc une diminution de la quantité de rayonnement solaire parvenant à la surface terrestre. Ce genre d'effet est important à quantifier notamment pour mieux comprendre et prévoir les changements climatiques actuels et futurs.

Strong constraints on aerosol–cloud interactions from volcanic eruptions

Malavelle, Florent; Haywood, Jim; Jones, Andy; Gettelman, Andrew; Clarisse, Lieven; Bauduin, Sophie ; Allan, Richard; Karset, Inger Helene; Kristjansson, J.E.; Oreopoulos, Lazaros; Cho, Nayeong; Lee, Dongmin; Bellouin, Nicolas; Boucher, Olivier; Grosvenor, Dan; Carslaw, Ken; Dhomse, Sandhip; Mann, Graham; Schmidt, Anja; Coe, Hugh; Hartley, Margaret; Dalvi, Mohit; Hill, Adrian; Johnson, Ben; Johnson, Colin; Knight, Jeff; O'Connor, Fiona; Partridge, Daniel G.; Stier, Philip; Myhre, Gunnar; Platnick, Steven; Stephens, Graeme; Takahashi, Hanii; Thordarson, Thorvaldur
Référence Nature (London), 546, (page 485-491)

Vendredi l 30-06-2017
Système toxine-antitoxine bactérien : comment bloquer l'initiation de la synthèse des protéines ?

Les systèmes toxine-antitoxine (TA) bactériens sont abondants dans les génomes bactériens et présentent des activités très diversifiées. Ces modules sont composés d'une protéine toxique inhibant les fonctions essentielles de la bactérie hôte et d'une protéine antidote, contrecarrant l'activité de la toxine. Dans certaines conditions environnementales stressantes, comme par exemple lors d'un traitement antibiotique, l'activité toxique de la toxine est libérée et inhibe la croissance de la bactérie hôte. Ces systèmes ont été impliqués dans la persistance, un phénomène permettant aux bactéries de tolérer et de survivre aux antibiotiques.

Nous avons caractérisé l'activité d'une nouvelle toxine, AtaT, provenant d'une souche d'Escherichia coli pathogène. AtaT présente une activité acétyl-transférase ayant la capacité de transférer un groupe acétyl sur sa cible à partir de l'acétyl-coenzymeA, une molécule du métabolisme abondante. La cible de cette toxine a été identifiée par les chercheurs: il s'agit de l'ARN de transfert initiateur, indispensable à l'initiation de la traduction des protéines. Chez les bactéries, cet ARN de transfert chargé par l'acide aminé méthionine subit une modification (formylation), qui permet le démarrage de la traduction. En présence de la toxine AtaT, l'acide aminé méthionine est acétylé et non formylé. Par une combinaison d'approches menées in vivo et in vitro, les chercheurs ont montré que l'acétylation de la méthionine chargée sur l'ARN initiateur empêche son interaction avec le ribosome et les facteurs d'initiation de la traduction, ce qui conduit à un blocage de l'étape d'initiation de la traduction.

Ce travail a révélé un nouveau mécanisme moléculaire permettant de bloquer la traduction et met en évidence le tRNA initiateur comme un cible de choix pour bloquer la croissance bactérienne.

Jurėnas D, Chatterjee S, Konijnenberg A, Sobott F, Droogmans L, Garcia-Pino A, Van Melderen L.

AtaT blocks translation initiation by N-acetylation of the initiator tRNAfMet

Nat Chem Biol. 2017 Apr 3. doi: 10.1038/nchembio.2346. [Epub ahead of print]