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Lei Chou, présidente du DSTE

Professeur en Faculté des Sciences, Lei Chou est présidente du Département des Sciences de la Terre et de l'Environnement depuis janvier 2009. Regard sur le parcours académique d'une femme des Sciences à l'ULB.

Petite fille, elle pensait déjà devenir scientifique. Pourtant, aujourd'hui biogéochimiste, Lei Chou n'aurait jamais pensé travailler un jour dans le domaine de l'océanographie. Originaire de Taiwan, elle y réussit son examen d'entrée pour aller à l'université et commencer une licence en Sciences de la Terre, qu'elle termine en 1975. « Le système d'éducation à Taiwan était très différent, explique-t-elle. Le taux de réussite pour passer l'examen d'entrée était de moins de 50 %. En tant qu'étudiant, il fallait beaucoup travailler pour y parvenir. Par ailleurs, à l'université, il y avait très peu de filles dans ma classe : nous étions deux sur quarante ». Avec un sourire en coin, Lei Chou soutient que son choix d'études était vraiment le fruit du hasard : « Au départ, je n'avais pas pensé à la géologie car cette discipline était absente dans l'enseignement secondaire. J'étais en train de remplir ma feuille d'inscription pour passer l'examen d'entrée lorsqu'une amie m'a dit que la géologie, ce n'était pas mal… J'ai répondu OK et je m'y suis inscrite ! ». Avec le recul, elle n'a jamais regretté son choix. « En tant que géologues, on a une vision très large des choses, commente-t-elle. On étudie des phénomènes qui se développent durant des millions voire des milliards d'années. En fait, on travaille sur une échelle du temps différente ». Pour elle, cette approche du monde s'avère passionnante. « C'est pour cela que je me dis que finalement, j'avais bien choisi ! » En quatrième année, Lei Chou bénéficie d'une bourse pour réaliser un master en Sciences de la Terre aux Etats-Unis à Case Western Reserve University. Ensuite, elle se lance dans un doctorat en Sciences géologiques à l'Université de Northwestern, sous la direction de Robert M. Garrels, géochimiste de renom, et par ailleurs Docteur honoris causa de l'ULB. Sa thèse porte sur la cinétique et les mécanismes de dissolution des minéraux silicatés et sur l'interaction entre l'eau et les minéraux.

« En 1980, je rencontre le Professeur Roland Wollast, alors directeur du Service d'Océanographique Chimique de la Faculté des Sciences, indique-t-elle. Etant intéressé par mes travaux de recherche, il me propose de venir à l'ULB pour y poursuivre mon doctorat, grâce à une bourse octroyée par le Fonds Solvay. » En 1981, Lei Chou commence ainsi à travailler dans le service du Professeur Wollast. Après avoir défendu sa thèse en 1985 aux Etats-Unis, elle est engagée dans son service où elle participe aux nombreux projets de recherche, financés par la Politique Scientifique Fédérale belge et l'Union Européenne. « L'orientation biogéochimique appliquée aux sciences marines m'a beaucoup plu et j'ai décidé de rester en Belgique. Ces recherches se déroulaient en milieu estuarien (Escaut, Rhône,…), en zone côtière (mer du Nord, Méditerranée,…) et en océan ouvert. Dès 1993, j'ai eu l'immense bonheur de participer au premier grand projet intégré de l'Union Européenne : OMEX (Ocean Margin Exchange), destiné à étudier les échanges à la marge continentale, regroupant plus de quarante laboratoires de 10 pays et coordonné par le Professeur Wollast. J'étais très impliquée dans la partie recherche mais aussi en tant que gestionnaire du projet, lequel a duré sept ans », souligne-t-elle.

« Qui ne tente rien n'a rien ! »

En 1999, soit plus de quinze ans après son arrivée à l'ULB, Lei Chou décide de passer le concours de Premier Assistant en deuxième filière en Faculté des Sciences, travaillant jusque-là sous contrat de patrimoine, situation précaire dépendant de sources de financement incertaines. « Je me suis dit : Qui ne tente rien n'a rien ! J'ai réussi le concours et j'ai été nommée à titre définitif, déclare-t-elle. En 2009, je suis devenue présidente du Département des Sciences de la Terre et de l'Environnement pour une période de deux ans ». Et d'ajouter : « Mon parcours est particulier. Lorsque j'ai été engagée par Roland Wollast, j'ai participé immédiatement à l'encadrement des travaux de fin d'études et aux travaux pratiques liés à ses cours. Dès lors, j'étais aussi associée à l'enseignement. Puis, en 1990-1991, j'ai commencé à donner un cours à option en géologie, intitulé Géochimie et Minéralogie de l'Environnement ». Après la retraite du Professeur Wollast, en 1997, Lei Chou reprend une partie des cours de ce dernier. Dès la rentrée académique 2011, elle aura la charge de six cours. « J'aime enseigner mais c'est vrai que mes activités de recherche sont pour moi également très importantes. J'aime beaucoup les études menées sur le terrain. C'est pour cela que j'essaie, quand cela est possible, de participer aux campagnes sur le navire océanographique Belgica. Même si c'est très dur car on travaille 24h/24h dans un milieu souvent hostile, c'est une bouffée d'oxygène… Donc, si j'en ai l'occasion, je pars ! Ainsi, je me suis rendue au moins une fois par an dans le Golfe de Gascogne: les campagnes duraient entre deux semaines et un mois. Mais ce n'est pas toujours évident d'être absente en période d'enseignement ou d'examen. Heureusement, comme j'étudie un phénomène bien spécifique qui a lieu fin avril-début mai, le timing convient tout à fait ».

Océans plus acides ? Implication dans un projet européen

Pour l'instant, Lei Chou travaille sur un projet européen intitulé EPOCA (European Project on OCean Acidification), qui réunit 160 chercheurs en provenance de 32 institutions, dont l'ULB est le seul partenaire belge. Lancé en mai 2008, ce projet a pour objectif d'étudier les conséquences écologiques, biologiques, biogéochimiques et sociétales de l'acidification des océans, en raison de l'absorption du CO2 (dioxyde de carbone) dans la mer. « L'une des conséquences éventuelles de l'acidification des océans est la dissolution future des organismes marins à squelette calcaire, comme les coraux et les mollusques, explique-t-elle. Ayant beaucoup travaillé sur la cinétique des interactions eaux-minéraux, je suis donc chargée, dans le cadre d'EPOCA, d'étudier les taux de dissolution des minéraux carbonates biogènes que l'on trouve dans les sédiments marins et dans l'océan actuel »[1]. Les résultats de ces observations sont attendus pour 2012.


[1] ESPRIT LIBRE, juin 2011. Voir article en pièce jointe.

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[1] ESPRIT LIBRE, juin 2011. Voir article en pièce jointe.

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