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Yves GEERTS, directeur du Laboratoire de Chimie des Polymères

Directeur du Laboratoire de Chimie des Polymères (Chimie des matériaux) en Faculté des Sciences de l'ULB, Yves Geerts a entamé son mandat de Professeur de Recherche Francqui depuis le 1er septembre pour une durée de trois ans. Une occasion de présenter son parcours ainsi que ses activités de recherche aux résultats quelque peu surprenants…

Chaque année, la Fondation Francqui attribue à une poignée de professeurs d'université un mandat leur permettant d'alléger leurs charges d'enseignement pour une période de trois ans. Valorisant les activités de recherche, le mandat de Professeur de Recherche Francqui constitue une réelle plus-value pour le lauréat et pour l'Université à laquelle il est attaché. Cette année, c'est le professeur Yves Geerts, nommé par les instances de l'ULB et choisi par la Fondation, qui se voit octroyé le prestigieux mandat. Gardant son statut au sein de l'Université, le chercheur profitera de ces trois années pour essayer d'accroître la visibilité des activités de recherche de l'Université et du laboratoire qu'il dirige. Egalement conseiller du Recteur pour la Recherche européenne, il espère dès lors devenir un ambassadeur académique vis-à-vis de l'extérieur : « Ce mandat apporte une certaine contribution aux voyages grâce aux subsides accordés, commente-t-il. L'objectif est de me déplacer davantage en dehors de l'Europe, en particulier en Asie et aux Etats-Unis, dans le cadre de la politique d'internationalisation mise en place par l'ULB. Cela va me permettre aussi de rencontrer d'autres scientifiques ». Et d'ajouter : « C'est toujours lorsque l'on confronte ses idées qu'on peut en développer de nouvelles ». Selon lui, l'un des facteurs décisifs à sa nomination est sa contribution en tant que coordinateur aux projets européens, dont celui mené actuellement : le projet ONE-P (Organic Nanomaterials for Electronics and Photonics), regroupant 28 partenaires pour un budget de 26,5 millions d'euros. A l'échelle de l'ULB, ce projet est l'un des plus importants. « L'époque où l'on faisait de la recherche seul dans son laboratoire est révolue, souligne-t-il. Aujourd'hui, la recherche implique de travailler ensemble au niveau européen ».

Pour Yves Geerts, ce mandat arrive à point nommé. « J'enseigne depuis douze ans et cela va me permettre de changer du quotidien. Lorsque l'on enseigne, le temps est fragmenté : on doit préparer tel cours qui sera donné à telle heure. On a alors moins de temps pour réfléchir et se consacrer à la recherche », déclare-t-il. « Pour moi, ce mandat est en quelque sorte une bouffée d'oxygène ».

Le goût de la recherche

Les sciences, c'est avant tout une histoire de famille pour le Professeur Geerts. Avec un grand-père chimiste et des parents docteurs en chimie organique, tous les deux diplômés à l'ULB, « j'ai toujours eu des prédispositions à l'école pour la chimie », confie-t-il. Commençant en 1985 une licence à l'ULB dans cette discipline, il part quatre ans plus tard réaliser son mémoire de fin d'études à Strasbourg, devenant ainsi en 1989 le premier étudiant Erasmus de la Faculté des Sciences. « Cela a été pour moi une excellente expérience, très valorisante, très enrichissante », commente-t-il. A l'Université de Strasbourg, il a la chance de travailler avec Christiane Dietrich-Buchecker. « Elle était une chimiste extrêmement brillante et très modeste. J'ai vraiment acquis le goût de la recherche à son contact », déclare Yves Geerts. Décédée en 2008, cette figure historique de la chimie organique a apporté un grand nombre de contributions, ayant rejoint dans les années 80 le laboratoire de Jean-Pierre Sauvage. « La rencontre avec celui-ci a également été déterminante pour moi. Tous deux m'ont contaminé au virus de la recherche », renchérit-il.

Après avoir travaillé quelques temps dans l'industrie aux Pays-Bas, Yves Geerts commence une thèse à l'ULB en 1990 qu'il défend en 1993 sous la direction de Georges Geuskens, lequel lui apprend « à toujours pousser le raisonnement le plus loin possible ». Après son doctorat, il travaille une première année à l'Institut Max-Planck en Allemagne puis une année encore au MIT (Massachusetts Institute of Technology), dans le laboratoire du professeur Richard Schrock, Prix Nobel de Chimie en 2005. « Il est vrai que j'ai bénéficié de concours de circonstances favorables tout au long de mon parcours », constate-t-il. Après son expérience au MIT, Yves Geerts retourne deux ans en Allemagne, où il est influencé par le professeur Klaus Müllen, directeur de l'Institut Max-Planck. « J'étais impressionné par son inventivité ». De manière générale, Yves Geerts indique que, selon lui, être un bon chercheur implique plusieurs critères. « L'honnêteté en est un, qui est indispensable. Au-delà de cela, il y a l'inventivité. Pour moi, c'est le plus important : il faut avoir des idées différentes des autres sans quoi on est un chercheur de seconde catégorie ».

Des matériaux aux propriétés surprenantes

Nommé par la suite chercheur qualifié au FNRS, il devient en 1999 chargé de cours en Faculté des Sciences de l'ULB. Il dirige alors le Laboratoire de Chimie des Polymères (les polymères étant des matières plastiques), spécialisé dans la synthèse des molécules. Contrairement à ce que le nom du laboratoire pourrait suggérer, la recherche est axée sur les molécules organiques, plus petites que les polymères. « Quand je suis arrivé, j'ai décidé de dévier par rapport à la ligne principale de recherche dans ce domaine. Nous avons gardé le titre du laboratoire mais on s'est dirigé vers d'autres aspects, à savoir les semi-conducteurs organiques et les cristaux liquides ». Or, ces matériaux ont des propriétés supérieures aux polymères. « Une constante dans ma carrière scientifique est que je change de sujets de recherche lorsque j'ai l'impression d'en avoir fait le tour », explique Yves Geerts. « Au niveau scientifique, la stratégie que j'essaye de mener est d'obtenir des records, des matériaux aux propriétés inusuelles, surprenantes. L'important pour moi est d'essayer d'aller là où les autres ne vont pas », déclare le professeur, avant d'ajouter : « Je dois dire aussi que cette stratégie scientifique se base sur l'excellente collaboration avec nos collègues de Mons. Nous travaillons en complémentarité depuis quinze ans, ce qui permet une interaction entre la théorie et l'expérience ».

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Visionnez la vidéo du Projet ONE-P ici.