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Première séance de rentrée académique pour l'Académie universitaire Wallonie-Bruxelles

Discours de M. le Recteur-Président de l'UMH, Bernard Lux







"Monsieur le Commissaire européen,
Monsieur le Bourgmestre,
Messieurs les Présidents,
Messieurs les Recteurs,
Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs,

Le décret de la Communauté française en date du 31 mars 2004, décret dit "de Bologne" et visant à harmoniser l'enseignement supérieur et universitaire avec les principes européens, a notamment provoqué la création des académies.

L'Académie universitaire Wallonie-Bruxelles n'a pas encore quatre mois, elle est née le 8 juin dernier de la volonté commune de trois institutions, l'ULB, la FPMs et l'UMH.

Il est encore un peu tôt pour affirmer que les fées se sont penchées sur son berceau mais les premiers pas font la démonstration d'une précocité remarquable. Les structures de son fonctionnement sont en place et son Président, le Recteur de l'ULB, Pierre de Maret, est désigné.

Les projets en cours de réalisation ou déjà concrétisés sont nombreux. Ce dynamisme permettra certainement d'atteindre l'objectif de renforcer la visibilité européenne des trois institutions.

La revue Sociétal dans son numéro du 2ème trimestre 2004 a consacré un dossier complet à "L'enseignement supérieur dans la compétition mondiale" et toutes les données qui s'y trouvent convergent (Sociétal n°44, 2ème trimestre 2004, pp 63-114).

L'université européenne est en grand danger. Evoquant les universités françaises - mais cela vaut pour les nôtres - il est souligné qu'elles sont "...trop petites, trop émiettées, manquant de visibilité internationale, dispersant leurs ressources, figeant les destinées scolaires et professionnelles...". Leur situation financière est déplorable mais le fruit d'un paradoxe qui permet de dire que l'université est un îlot de misère dans l'opulence. En effet, les dépenses totales d'enseignement des européens sont très comparables à celles des Etats-Unis, de l'ordre de 6 à 7% du PIB. Par contre, les dépenses au titre de l'enseignement supérieur s'élèvent à 2,7% du PIB aux Etats-Unis contre 1,3% en Belgique, 1,1% en France, 1,0% en Allemagne et au Royaume-Uni, etc. Au plan de la visibilité internationale, ce dossier n'incite pas davantage à l'optimisme lorsqu'il relève que 30 à 40% des inscrits au doctorat aux Etats-Unis sont des étrangers.

Face à ce diagnostic désastreux pour les européens, quelques propositions dans la ligne de l'objectif du Conseil européen de Lisbonne en 2000 peuvent être avancées. Faut-il rappeler qu'à Lisbonne, les européens se sont fixés comme objectif de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde et de faire des systèmes européens d'enseignement et de formation une référence de qualité mondiale d'ici à 2010 ? ("Le rôle des universités dans l'Europe de la connaissance", Commission des Communautés européennes - 05.02.2003).






Pour cela, il faut des moyens et aussi la volonté de les trouver, peut-être pas dans des recettes nouvelles mais dans des arbitrages entre plusieurs priorités. Gardons en mémoire que l'Europe consacre 44 milliards d'euros à la politique agricole commune. Des moyens existent, il faudrait les orienter vers l'université mais cet effort doit s'accompagner des réorganisations indispensables.

Dans le dossier de Sociétal (p. 69), une estimation argumentée conclut qu'"il y a place pour une cinquantaine d'universités de haut niveau à vocation internationale dans l'Europe des quinze". Si nos institutions veulent jouer dans la cour des grands et ne pas se trouver en quelque sorte reléguées en division provinciale, il faut les insérer dans des réseaux.

Avec l'ULB et la FPMs, l'UMH a donc opté pour avancer dans ce sens en intégrant, en qualité de partenaire fondateur, l'Académie universitaire Wallonie-Bruxelles.

Il nous a semblé qu'il convenait de souligner cet essor en organisant cette séance académique motivée par l'entrée dans l'ère de l'harmonisation européenne.

Monsieur le Commissaire européen, Louis Michel, a bien voulu rehausser cette séance en nous honorant de sa participation active et je l'en remercie vivement. La Belgique compte quelques hommes d'Etat reconnus internationalement. Monsieur Louis Michel fait indéniablement partie du nombre.

Parmi les projets de l'Académie, il en est un auquel l'UMH est tout spécialement intéressée à savoir assurer un développement universitaire le plus large sur le site de Charleroi, en taille la première agglomération de Wallonie.

En mars de cette année, l'ULB a célébré les dix ans de sa présence à Charleroi. C'est aussi - il faut le souligner - en cette année 2004, le 25ème anniversaire de la présence de l'UMH. Charleroi n'est donc nullement un désert universitaire. Néanmoins, si l'on considère son importance démographique et la cohérence des plans de développement technologique et économique, il faut encore accroître l'activité universitaire tant au plan de l'enseignement que sur celui de la recherche scientifique.

Le décret du 31 mars 2004 reconnaît aux trois partenaires de l'Académie des habilitations pour l'enseignement universitaire dans le canton de Charleroi. L'UMH ainsi que l'ULB et la FPMs ont la volonté d'utiliser ces habilitations de la manière la plus complète. Les Facultés de gestion, de psychologie et sciences de l'éducation de l'UMH, les Facultés des sciences pour la biologie et l'informatique de l'UMH et de l'ULB, la Faculté des sciences appliquées (ingénieur civil) de la FPMs entendent bien activer les possibilités octroyées par le décret.

Précisément, il y aura dès cette année 2004-2005 un sensible accroissement de l'offre universitaire à Charleroi et cette extension sera complétée à la rentrée 2005 avec les sciences appliquées. Dans ses locaux du Bld Joseph II, à proximité du stade de football et du domicile du Ministre-Président, Jean-Claude Van Cauwenberghe, l'UMH poursuivra l'organisation des formations continuées en sciences de gestion, en sciences de l'éducation et en collaboration avec l'ULB, en informatique de gestion et en biotechnologie. Mais dès cette rentrée, les formations de jour seront augmentées. Depuis plusieurs années, une première année des sciences de la vie en cours de jour est organisée. Les sciences de gestion et les deux cycles en psychologie et sciences de l'éducation viennent s'ajouter à un mouvement de développement qui se poursuivra.







Dès lors, l'Académie universitaire Wallonie-Bruxelles souhaite trouver les moyens de créer un véritable campus universitaire à Charleroi. Des investissements immobiliers et en équipements pour l'enseignement et la recherche devraient donc être réalisés... si les moyens de les financer peuvent être dégagés. Il est vraisemblable que ce projet ne pourra se réaliser que si le soutien communal, intercommunal, régional est acquis.

A la manière de M. L. King, qu'il soit aujourd'hui permis de rêver. L'Académie universitaire Wallonie-Bruxelles, le bébé de quatre mois, imaginons-le adulte, installé dans ses murs de Charleroi-la-Neuve sur le site de l'Aéropole.

Le campus comprend les bâtiments d'enseignement et des laboratoires de recherche. Plusieurs centaines, voire des milliers d'étudiants et de membres du personnel s'activent. La recherche fondamentale et appliquée en biologie, sciences de la vie est en synergie avec les entreprises de la région. Les aspects de gestion et de psychologie sont intégrés dans les projets. Une liaison avec Charleroi l'historique est assurée par des transports publics à horaire cadencé. Sur le site, une infrastructure sociale et économique permet d'assurer les fonctions de restauration, d'hébergement, d'accueil des enfants, de délassement et au sens large, de culture. Le pôle entretient d'intenses relations internationales et accueille les chercheurs et les étudiants de nombreux pays, une des places porte le nom - c'est bien le moins - de Monsieur le Commissaire européen Louis Michel, des avenues - cela également va de soi - rappellent les rôles joués dans le projet par le Bourgmestre Van Gompel, le Ministre-Président Jean-Claude Van Cauwenberghe et le Commissaire européen Philippe Busquin.

Cette vision est peut-être quelque peu idéalisée mais si l'on veut relever le défi de la démocratisation et de la mondialisation, si l'on veut faire passer la Wallonie de l'économie d'imitation à l'économie de la connaissance, il faut savoir rêver éveillé.

Monsieur le Commissaire européen, vous avez la parole."