Mme N., 49 ans, vivant à Ho Chi Minh ville, est venue consulter seule pour insomnie.
Il y a 4 ans et demi, son fils est mort dans un accident de circulation ( il avait 19 ans et était ouvrier). Depuis, elle est déprimée. Elle dit “depuis plus de quatre années, je n’ai pas connu un seul jour heureux”; “je ne suis jamais heureuse plus de 5 jours de suite”.
Mme N. ne ressent jamais de joie, pense constamment à la mort de son fils “quand on l’a mis dans son cercueil”, ce qui lui donne des insomnies permanentes, elle ne dort que 2 à 4 heures par nuit, parfois elle a des nuits blanches. Elle est tout le temps fatiguée, ne peut se concentrer quand elle travaille, se trompe souvent, son rendement diminue. Elle n’a plus d’appétit, mais se force à manger pour rester en bonne santé. Elle souffre également de céphalées très fréquentes. Bien qu’elle soit préoccupée par sa santé, elle supporte ses maux, ne va pas se faire examiner, par manque de temps. Elle ne se sent pas inutile ni coupable, ne pense pas à la mort. Elle ne soigne pas son apparence et n’a que peu de relations sociales.
Depuis 2 semaines, son mari, qui a cessé de travailler depuis plusieurs années à cause d’une hépatite, est hospitalisé pour hémorroïdes hémorragiques, nécessitant une opération chirurgicale. Cet évènement lui cause une grande anxiété, elle ne dort pour ainsi dire pas depuis 2 semaines, mange très peu et a perdu 5 kg.
Depuis 10 jours, elle entend constamment la voix de son fils dans sa tête, elle ne se rappelle pas le contenu des paroles, mais prend peur et va dès lors se faire examiner.
Elle a été diagnostiquée comme ayant une dépression grave avec psychose congruente à l’humeur, d’origine psychogène. On lui a donné du Stablon (Tianeptine) 37,5mg par jour, de l’Halopéridol ½ comprimé de 1,5mg par jour.
Revue une semaine après, elle dit qu’elle dort bien dès la première nuit, et que ses « hallucinations » auditives ont diminué nettement pour cesser complètement après 2 jours. Elle mange mieux et se sent mieux, mais est encore anxieuse parce que son mari est toujours à l’hôpital, attendant d’être opéré. On lui donne encore du Stablon, mais on a arrêté l’Halopéridol. Elle n’est plus revenue en consultation.
Mme N. a fait des études primaires (classe 5/12). Elle a 2 filles, dont l’une vient de se marier et l’autre est encore au lycée.
Avant Mme N. vendait des légumes. Après la mort de son fils, elle s’est mise à vendre toutes sortes d’aliments végétariens, et se mit elle-même au régime végétarien permanent, bien qu’elle n’ait pas de religion.
Sa situation économique est plutôt médiocre.
Observations:
Elle a eu des modifications du comportement et de la cognition après la mort de son fils (régime végétarien).
Sa qualité de vie a été diminuée pendant une longue durée , mais elle n’a pas demandé d’aide.
Mme N. a perdu un être cher, son fils, et a peur d’en perdre un autre, son mari, ce qui aggrave son anxiété.
Ce sont les symptômes « psychotiques » qui ont poussé Mme N. à se faire examiner.