1. Notre philosophie
L'unité "Politiques et Programmes en Santé Internationale" a pour but de participer à l'amélioration du fonctionnement des systèmes de santé en vue d'une plus grande autonomie et du mieux-être des individus et des communautés.
Par "autonomie dans le domaine de la santé", nous entendons la capacité des individus et des communautés à utiliser leurs potentialités et à défendre leurs propres priorités en matière de santé face aux décisions qui les affectent et à faire respecter les caractéristiques sociales, culturelles, économiques et politiques de leur société. C'est une démarche de développement durable qui vaut autant pour la santé que pour les autres champs sociaux tels que l'économie, l'éducation, l'environnement ou la justice.
Le "mieux-être des individus et des communautés" ne se limite pas aux seuls aspects médicaux de la santé. Il inclut également les déterminants socio-économiques, culturels et politiques, mais aussi le fonctionnement des services de santé, le comportement des professionnels et en particulier, la qualité de l'interface entre prestataires et patients.
Cette approche du fonctionnement des systèmes de santé, basée sur le mieux-être et l'autonomie, est pour nous un choix éthique. Ce choix nous permet d'enrichir notre réflexion individuelle et professionnelle et d'accroître nos compétences. Nous sommes conscients que nous devons cet enrichissement au développement de partenariats durables avec des individus et des communautés du Nord et du Sud. L'altérité, la réciprocité, la différence sont sources d'enrichissements personnel et communautaire. Nous en avons tous besoin.
2. Notre objectif prioritaire
Notre objectif principal est de développer des partenariats institutionnels de longue durée qui associent qualité et efficience, notamment grâce au renforcement des écoles et départements de santé publique.
Au sein de ces partenariats, nous désirons promouvoir les services à la société, la recherche et l'enseignement pour mieux comprendre et améliorer le fonctionnement des systèmes de santé. Nous espérons pouvoir améliorer la qualité des relations entre les différents acteurs, préalable nécessaire au bon fonctionnement des systèmes de santé.
Certains concepts de cet objectif nécessitent quelques mots d'explication :
"Partenariat" : dans le sens où les échanges entre des partenaires qui partagent un but commun leur permettent de se développer et d'apprendre les uns des autres. Différents types de partenariats sont recherchés : régionaux Sud-Sud, Nord-Nord et entre le Sud et le Nord.
"Institutionnel" : pour inscrire les échanges dans la durée, nous proposons de promouvoir des partenariats qui reposent sur la qualité des relations interpersonnelles au sein d'un cadre institutionnel (écoles, départements de santé publique,...). Cet appui institutionnel devrait assurer une meilleure continuité du partenariat et une plus grande stabilité des chercheurs et scientifiques du Sud. Pour être cohérent, cet appui doit bien sûr s'inscrire dans des projets qui concernent aussi les différents acteurs des systèmes de santé: Ministères de la Santé, ONG, communautés, agences de développement et de coopération internationales et bilatérales, etc.
"Longue durée" : cela signifie un partenariat de dix à vingt ans, car le court et le moyen termes ne permettent ni le développement continu et harmonieux des individus, et encore moins celui des institutions et des communautés. Assurer une meilleure autonomie nécessite un investissement dans la durée.
"Qualité" : cette notion de qualité du partenariat doit être envisagée sous différents aspects :
- Pertinence des thèmes. Ils doivent correspondre à des priorités communes aux deux partenaires et permettre aux différents acteurs de mieux se connaître, de développer leurs propres compétences et leur confiance en eux et d'apprendre à fonctionner en réseau en créant des dynamiques positives. Les thèmes retenus doivent aussi porter sur des enjeux qui favorisent l'autonomie et le développement des individus et des communautés.
- Compétence scientifique. Dans le cadre d'un réel partenariat, nous apprenons de nos partenaires du Sud, mais devons pouvoir aussi leur apporter une plus-value technique et scientifique. Il est donc logique de privilégier les domaines correspondant à nos compétences et de nourrir celles-ci grâce au développement de recherches en systèmes de santé.
- Motivation. Les projets, interventions, thèmes de recherche retenus doivent motiver les acteurs du Sud comme du Nord ; ils doivent être centrés sur la résolution des problèmes rencontrés quotidiennement. En ce sens, nous privilégions l'approche recherche-action.
- Visibilité et mobilisation. Si nous sommes convaincus de la pertinence et de la qualité du partenariat, il faut aussi pouvoir le rendre visible aux autres intervenants et bailleurs de fonds. Cela implique un effort constant et des stratégies spécifiques d'appui et de diffusion de nos interventions et des résultats obtenus. Notre partenariat doit pouvoir mobiliser l'engagement et l'appui d'autres organismes actifs dans le développement. Par exemple, les responsables des agences de l'ONU (OMS, FNUAP, UNICEF,...), de la Banque Mondiale, de l'UE, des coopérations bilatérales,... peuvent être incités à prendre comme conseillers et consultants, des institutions ou des chercheurs ou les responsables de nos institutions partenaires.
"Efficience" : les ressources humaines et financières disponibles sont réduites et resteront toujours en deçà de nos désirs d'intervention et de changement. Il est donc important d'être le plus efficient possible dans la recherche de nos partenariats et dans la mise en oeuvre des stratégies définies conjointement. A titre d'exemples, il faudrait de préférence :
- Renforcer les institutions, développer des réseaux régionaux et internationaux plutôt qu'appuyer des individus isolés. Il faut chercher à intégrer les individus compétents dans ces réseaux.
- Intervenir au niveau régional et choisir comme partenaires, les institutions dont la vocation régionale est déjà reconnue. Contribuer à leur plus-value qualitative en appuyant notamment la création d'un département "Formation, Recherche et Services en Systèmes de Santé", ressource institutionnelle qui souvent fait défaut.
- Assurer un appui continu aux réseaux et institutions du Sud (participation du Sud aux missions d'expertise, d'évaluation, de formulation de projets commandités par le Nord) et assurer une continuité suffisante en multipliant et diversifiant les sources d'appui.
- Favoriser un partenariat souple qui peut répondre aux priorités et aux réalités du Sud, notamment en assurant le financement des salaires et/ou les compléments financiers nécessaires pour que ces chercheurs puissent développer une carrière de qualité tout en restant au service du système de santé de leur pays.
3. Nos stratégies
Pour atteindre notre but, nous avons retenu trois stratégies.
- La première et principale stratégie est le développement de réseaux régionaux, notamment, en Amérique Centrale, en Afrique francophone et en Asie.
Pour développer ces réseaux, nous recherchons activement la collaboration d'institutions ressources du Nord, publiques comme privées : écoles et départements de santé publique européens, ONG (Oxfam, MSF,...), institutions privées (AEDES - CREDES - HERA...), coopérations bilatérales (Belgique, France, Allemagne, Luxembourg,...), multilatérales (OMS, FNUAP, UNICEF, Union Européenne, Banque Mondiale,...).
- La deuxième stratégie est d'assurer et de développer une plus grande complémentarité entre les trois missions attribuées au monde universitaire: formation, recherche et prestation de services à la société. Par exemple : la création d'un cours intensif en recherches sur les systèmes de santé, le recrutement de chercheurs formés par nos soins dans les institutions partenaires, les projets de recherche-action au niveau régional, etc.
- Finalement, ces deux stratégies pour être effectives ont besoin de se développer dans un environnement socio-politique favorable. C'est pourquoi nous prévoyons aussi d'influencer les politiques de santé et leurs déterminants : notre troisième stratégie.
4. Nos domaines d'interventions - suivi scientifique
Nos compétences s'exercent dans différents domaines : recherche, formation et services à la société (appui à la définition des politiques, formulation de projets de santé, suivi scientifique...).
Elles concernent plus particulièrement les enjeux suivants :
Les politiques et la réforme du secteur santé : décentralisation, collaboration public-privé, et certains enjeux spécifiques comme la santé urbaine.
L'organisation et la gestion des systèmes locaux de santé : les aspects liés à la planification et l'évaluation des services de santé, y compris le financement, le système d'information sanitaire et l'amélioration de la qualité des soins.
L'intégration des programmes spécifiques dans le système de santé : le programme de santé reproductive et le programme de soins aux patients tuberculeux à titre de portes d'entrée pour améliorer le fonctionnement de l'ensemble du système de santé.
L'interface patients - prestataires : l'approche centrée sur le patient, ses applications pratiques et la participation des communautés.